La chronique de Georges Pop – Satellite

Notre ami spoutnik illustration © Arvid Ellefsplass

Georges Pop | Après les Etats-Unis, la Russie et la Chine, l’Inde a rejoint la semaine dernière le cercle très restreint des pays à même de détruire un satellite en orbite autour de la Terre. L’armée indienne a en effet triomphalement annoncé le mercredi 27 mars avoir  procédé à la destruction de l’un de ses vieux satellites par un tir de missile lancé depuis une île située à l’est du sous-continent. L’interception a duré à peine trois minutes.

Le mot «satellite» a assurément de nos jours une résonance très moderne dans la mesure où il est presque systématiquement associé aux engins placés en orbite autour de notre planète à des fins notamment de télécommunications, de localisation ou d’observation militaire ou scientifique. Le mot est pourtant très ancien. Il a été formé à partir du mot latin «satelles» qui désignait chez les Romains une sentinelle ou une escorte. Au 14e siècle en France, un «satelites» était un garde du corps puis, un siècle plus tard, un homme de main, un sbire, au service d’un maître ou d’un seigneur pour en exécuter les violences et les basses besognes.  Ce n’est que dans la seconde moitié du 17e siècle que le mot «satellite» commença à désigner dans le milieu astronomique une planète ou un corps céleste qui fait sa révolution autour d’une planète plus grande et qui la suit dans sa révolution autour du soleil. Lorsque Galilée observa pour la première fois, grâce à un télescope de son invention, les quatre grands satellites de Jupiter, il leur donna le nom d’«Astres de Médicis» en l’honneur du grand-duc Cosme II de Médicis qui régnait alors sur sa  Toscane natale; une appellation qui tomba cependant très vite en désuétude au profit de l’appellation actuelle de «satellites galiléens». Le premier satellite «artificiel» fut lancé par l’URSS le 4 octobre 1957. Il portait le nom de Spoutnik ce qui en russe veut dire «compagnon de route». De nos jours, outre son acception spatiale, le terme satellite désigne aussi un individu ou un état qui vivent sous la tutelle d’un autre; le bâtiment annexe d’un complexe immobilier, par exemple d’une aérogare et aussi, dans le jargon technique, peu usité par le commun des mortels, les pignons mobiles de certains engrenages. Mais tous ceux qui font des études littéraires retombent invariablement au cours de leurs lectures, sur l’un des sens originels du mot. Des exemples? En parcourant les sermons de Bossuet, écrits vers la fin du 17e siècle, bien avant l’ère des fusées, on lira que «La faim est suivie de ses deux satellites: la rage et le désespoir». Un siècle plus tard, dans «Emile ou De l’Education» le fameux traité de pédagogie consacré en 1762 à  «l’art de former les hommes», Jean-Jacques Rousseau évoque les «satellites du démon», autrement dit les hommes pervers et malfaisants. N’est-il pas dommage que la conquête spatiale nous ait fait un peu oublier ces élégantes tournures habilement imagées?

Georges Pop