Sa place à bord

Arvid Ellefsplass |  « Un homme à la mer n’a pas sa place à bord » disait Eric Tabarly. On a pu le constater lors de ce Bol d’Or dantesque où la rapidité du changement météo a laissé des marins, pourtant aguerris, s’en remettre à la seule structure du bateau. La surprise du changement n’a permis aucune préparation, juste le temps de s’accrocher, puis d’interminables minutes d’écoute et d’attente. Le temps de se situer et de compter les hommes à bord, quinze éternelles minutes qui ont sans doute marqué.

Dans un tout autre environnement, personne ne pouvait s’attendre à une telle mobilisation ce 14 juin. Des chiffres records pour une manifestation bon enfant. L’aspect sympathique de la grève des femmes n’enlève rien à la puissance de ce geste collectif. La force tranquille, aurait pu dire Jacques Séguéla, dans le calme et sans esclandre. Une force dans la douceur, mais avec laquelle il faudra compter. La femme a revendiqué sa place à bord et le navire est loin d’être à quai. 

Là aussi, la surprise nous laisse à peine le temps de réagir. Là aussi, on s’accroche au mât.

Jusqu’à cette ère humaine, qualifiée d’anthropocène par les scientifiques – à savoir l’époque de l’histoire où l’humain commence à avoir un impact significatif sur la terre – il nous fallait donner du temps au temps. Un précepte que nous connaissons bien dans notre canton. Patience et longueur ont longtemps été la panacée qui guérissait de tous les maux… jusqu’à aujourd’hui !

Le changement est pourtant l’essence même de la vie. Que le progrès accélère ou que l’humain – naturellement – ralentisse, la vie continue son bonhomme de chemin et la question de l’adaptation de notre espèce se pose… Les signes de ce changement humain ne sont-ils pas déjà présents ?
A nous de les alimenter.