Ropraz – Les bois du Jorat: un parc dédié à la biodiversité ou en faveur des loisirs pour les citadins ?

Assemblée générale de l’Association « Parque pas mon Jorat »

Ennio Grisa (debout), conférencier et le comité de PPMJ: Christian Blaser, André Jordan, Jean-Philippe Rey, Roland Stadler. Assis: Linda Michon, Dorothée Rochat, Carole Gachet, Jean-Luc Stadler

Gil. Colliard. |. Mercredi 10 avril, un peu avant 20h, la salle communale de Ropraz s’est rapidement remplie avec plus de 120 personnes venues assister à l’assemblée générale de « Parque pas mon Jorat » (PPMJ), l’association qui combat le projet d’un parc naturel périurbain dans les bois du Jorat, projet qui sera voté cette année, par les Conseils des communes dont le territoire entre dans son périmètre.

Rencontre avec les opposants au Sihlwald de Zurich, premier parc périurbain suisse

Après avoir obtenu l’assentiment de l’assemblée validant une rocade à la tête du comité pour 2019, André Jordan céda sa place de président à Jean-Philippe Rey, vice-président. En primeur, Roland Stadler introduisit une vidéo réalisée lors de la rencontre du comité avec l’association «IG-Sihlwald für alle», regroupant les opposants au parc périurbain zurichois, créé en 2009. Les interlocuteurs alémaniques font état des lieux après une expérience de 10 ans: pas de connaissance de terrain de la part des concepteurs; ce caprice urbain consistant à laisser aller la forêt est plus onéreux que son exploitation; l’argent est un enjeu important il est utilisé pour le centre d’accueil et non pour l’entretien des chemins; leur rétrécissement engendrent des conflits entre les usagers (cavaliers, cyclistes, promeneurs, etc.); la zone intermédiaire finit par avoir les mêmes restrictions que la zone centrale; la faune, plus gérée, quitte la zone centrale par manque de lumière, les activités agricoles sont sous pression. Contrairement au Jorat, l’IG-Sihlwald a été fondée après la création du parc.

Pétition et financement

La pétition lancée par PPMJ, bien que n’ayant pas utilisé Internet pour circuler, a déjà récolté quelque 4000 signatures dont le 80% est issu des villages. Elle est toujours active et sera déposée au Grand Conseil au moment opportun. Au point suivant l’AG adopta à l’unanimité les comptes 2018, dont les seuls revenus sont les cotisations et la vente des T-shirts au nom de PPMJ. Elle donna aussi son accord pour reconduire les cotisations en 2019 (Fr. 30.-/pers., Fr. 50.-/couple, Fr. 100.- pour les associations).

On exploite la forêt, donc on la soigne

Ennio Grisa, ingénieur forestier fit une intéressante présentation de la forêt jardinée qui a été introduite au Val-de-Travers, voilà plus de 130 ans par Henri Biolley. Il rappela que la forêt suisse représente 1,3 million d’ha, soit le 33% du territoire national, imbriqué entre les zones urbaines et agricoles. On y dénombre 46 espèces d’essences et env. 26’000 organismes vivants (animaux, champignons, végétaux). Au XIXe siècle, la forêt fut fortement dégradée par les phénomènes naturels et une forte exploitation humaine. Le 11 avril 1807, un décret du Prince Berthier, de Neuchâtel, instaura une administration forestière et le début des plans de gestion. Passant en revue l’évolution de la population, des techniques et outils forestiers et de la gestion proprement dite, il cita la tendance actuelle de la sylviculture allant vers plus de sobriété et une volonté de complexifier la forêt pour assurer son avenir et faire face aux changements climatiques. En fin de présentation, Christian Blaser, vice-président de PPMJ partagea quelques réflexions: «L’objectif du projet de parc est d’améliorer la biodiversité dans les Bois du Jorat, ce qui ne se vérifie pas en pratique» dit-il en relevant la publication du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) indiquant que: «L’exploitation de la forêt fait sens sur le plan écologique et de la biodiversité, cela permet de stocker le CO2 pendant des décennies et d’atténuer ainsi l’effet de serre». Il signala que le bois mort, selon un recensement officiel effectué dans les bois du Jorat, atteint déjà les 20m3 exigé en plaine et constata que le périmètre actuel du projet n’avait plus les propriétés homogènes et compactes du départ. «On voit bien que l’écologie n’est pas le but premier mais plutôt la création d’un parc urbain tout court avec 1,2 à 1,5 million de visiteurs/an. Les bois du Jorat sont très convoités. Soyons prévenants» insista-t-il. Après avoir répondus aux questions et interrogations, particulièrement sur le fait de se déterminer, à l’automne, sur un projet au périmètre toujours imprécis, la séance fut levée à 22h avant de passer au verre de l’amitié.

En quelques dates

Septembre 2018: la municipalité de Froideville s’oppose à toutes zones centrales et de transition sur le territoire cantonal, entraînant une relocalisation du projet du parc.

Octobre 2018: acceptation du législatif de Montpreveyres (plus des 2/3 des conseillers) de la motion «Dewarrat» demandant à la municipalité «de faire placer toute la zone centrale du projet du PNP du Jorat, en dehors de la limite communale de Montpreveyres». Développement du site internet www.parquepasmonjorat.com et d’une page Facebook 

26 mai 2018: 200 membres et sympathisants de PPMJ se sont réunis pour une journée festive au refuge de la Moille-au-Frênes.

23 juin 2018: PPMJ a fait part de son opposition lors de Festi’Jorat, organisé par JUTAVAQ (Jorat une terre à vivre au quotidien), initiateurs du parc. 

Juin 2018: visite au parc du Sihlwald de Zurich par le comité de PPMJ.

Avril 2019: Camille Dewarrat signale que lors du prochain Conseil général de Montpreveyres, il déposera une nouvelle motion intitulée: «Refus de la zone de transition et demande de quitter l’Association».