Quand l’école s’invite auprès des entreprises

Riches de leurs découvertes, les élèves devront bâtir une documentation en relation avec les visites effectuées

Gil. Colliard | Qu’y a-t-il de plus gratifiant pour un enseignant que de voir ses élèves quitter le système scolaire, après 11 ans passés sur les bancs de l’école, avec un projet de formation, d’étude ou un contrat d’apprentissage signé ? Malheureusement, certains partent sans avoir trouvé le fil qui leur permettra de tisser leur avenir. Comment leur apporter envie, motivation et intérêt pour une profession? Dans cette optique, Jonathan Déray, doyen en pédagogie compensatoire au secondaire de l’établissement du Jorat, emmène avec succès, des élèves à la découverte des entreprises.

Explications en forêt

Confronter les jeunes à la rigueur du terrain 

Vendredi 7 février, 8h30, la douzaine d’élèves des 10e et 11e années de la classe de Martina Schelling, entourés de Jonathan Déray et Morgane Lépée, enseignante remplaçante, se sont rendus au stand de tir des Maraîches à Carrouge où les attendaient Marc Rod, garde forestier, et des bûcherons de l’entreprise forestière Daniel Ruch. Bien équipés pour cette visite sur le terrain, les enfants ont bénéficié des explications des professionnels quant aux conséquences du réchauffement climatique sur la santé des forêts, ils ont pu observer les trois phases du développement du bostryche, ce ravageur de l’épicéa et surtout assister, étonnés, à l’abattage parfaitement dirigé d’un arbre de 30m. Bien que fraîche, la météo était au beau, ainsi le groupe a pu préparer un feu en ramassant des branches restées sur le terrain et déguster un goûter tout en posant ses questions. « En acceptant la proposition d’accueillir cette classe, je ne savais pas quel était exactement l’enjeu. Mais lorsque j’ai vu l’intérêt suscité par cette rencontre bien préparée en amont, je ne peux que cautionner cette idée d’ouvrir la porte des entreprises et de montrer concrètement le monde du travail à ces jeunes » complimente Marc Rod enthousiaste. Il relève encore, tout comme l’enseignant, le geste d’un jeune, intéressé, qui a sorti un « double mètre » de sa poche afin de le tendre au bûcheron, qui n’avait pas le sien, pour effectuer une démonstration avant l’abattage de l’arbre. 

Les élèves entourés de Martina Schelling, Morgane Lépée et Marc Rod

Donner un sens au mot apprentissage

Mais là ne s’arrête pas l’expérience. Riches de leurs découvertes, les élèves devront bâtir une documentation en relation avec les visites effectuées et établir une sorte de carte d’identité de l’entreprise ainsi que des métiers qui y sont pratiqués et de leurs exigences. Pour les 11e année, ces dossiers seront les sujets de l’examen oral en français de fin de scolarité. L’idée de développer et de mettre en avant les capacités des élèves nécessitant un soutien scolaire et surtout de leur faire comprendre concrètement le sens de l’apprentissage en les confrontant au monde du travail a germé dans l’esprit de Jonathan Déray et de Martina Schelling, enseignante titulaire de la classe renforcée de Mézières, composée de 12 élèves des 10e et 11e années. «Pour la première volée 2018-2019, nous avions mis l’accent sur les métiers, visitant une ferme, une boulangerie-pâtisserie, un super-marché et un paysagiste. Cette année, nous nous sommes focalisés sur l’entreprise et l’ensemble des professions qui y sont rattachées. Hormis les forestiers, nous avons déjà été reçus par un restaurant et un garage. Les professionnels, généralement ouverts à notre demande, nous accueillent pour une demi-journée» explique l’enseignant spécialisé. C’est un concept « gagnant/gagnant » car les deux heures hebdomadaires de français renforcé sont utilisées à la préparation de chaque visite, puis après celle-ci à la création du dossier et à la réalisation d’une carte de remerciements. « Il est ainsi possible de travailler des branches scolaires sans que les élèves s’en rendent compte. Malgré les difficultés, nous récoltons de jolis fruits. Plusieurs contacts ont déjà été noués entre des entreprises et des élèves » se réjouit  Jonathan Déray, qui est soutenu dans cette démarche par la direction. On ne peut que saluer ces idées novatrices qui offrent à chaque enfant la possibilité, quel que soit son niveau, d’évoluer dans un cadre sécurisant, où il se sent respecté et accompagné, préparé à un avenir prometteur.