Pully – LéXPLORE

Un laboratoire de recherches flotte au large de Pully

Station de recherches LéXPLORE

Christian Dick | Certains navigateurs, riverains et promeneurs se sont certainement demandés à quoi pouvait servir au large de Pully un cabanon posé sur une plateforme flottante et entouré de bouées jaunes. Jeudi dernier, le 4 juillet, Dr Natacha Tofield Pasche et le prof. Bastiaan Ibelings ont ouvert à la visite la plateforme LéXPLORE. Natacha Tofield Pasche est Docteur au Centre de limnologie à l’EPFL, adjointe du directeur et responsable de projet. Le Prof. Ibelings travaille à l’Ecologie microbienne UNIGE. Il est actuellement responsable dans la recherche et il était du comité de pilotage de la plateforme.

Pourquoi Pully? 

Pour une observation optimale, les conditions requéraient un éloignement minimum de 500 mètres du rivage, une profondeur de plus de 60 mètres qui excluait le Petit-Lac, un ancrage dans les eaux suisses, loin de pentes abruptes comme on en trouve dans le Haut-Lac, éloignée de la route de la CGN et des câbles qui traversent le Léman en son milieu. Le site au large de Pully offrait donc une excellente opportunité. La profondeur moyenne sous la station de recherche est de 110 mètres et l’éloignement au rivage de 570 mètres. La cabine fermée posée sur une plateforme de 100 m2 abrite un véritable laboratoire. De grandes bouées jaunes maintenues au sous-sol marin l’entourent en lui assurant une zone de protection de 15’000 m2. Des plus petites, flottantes, plongent des câbles à une profondeur de 50 mètres pour la protéger des filets dérivants des pêcheurs. La station abrite une multitude de sondes et de détecteurs dont les chercheurs de l’Eawag, de l’EPFL et des Universités de Lausanne et de Genève se serviront pour une meilleure compréhension de ce qui se passe dans les eaux du lac et les interactions entre l’eau et l’atmosphère. L’une des plus modernes d’Europe, cette infrastructure permet des analyses très fines de l’écosystème. Il s’agit de comprendre et de modéliser ce processus puis de prédire l’évolution des eaux du lac et quel serait l’impact du changement climatique. Une station météorologique enregistre tous les jours les températures et les vents, des détecteurs qui relèveront dans l’eau les vitesses d’écoulement ainsi que la lumière, les turbulences, l’oxygène, le dioxyde de carbone, différents groupes d’algues et toutes sortes de substances naturelles et artificielles. Leurs déploiements in-situ fourniront des mesures à très haute résolution spatiale et temporelle, et permettront d’acquérir d’incroyables observations en terme de fréquence, de longue durée, de continuité et de fiabilité. En même temps, la plateforme fournira des informations sur le lac entier grâce à la télédétection et au déploiement de véhicules sous-marins automatiques. L’équipe scientifique entend coopérer avec les utilisateurs du lac que sont les pêcheurs professionnels, les navigateurs, la protection de la nature et différentes organisations telles que la Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL).

Dr Natacha Tofield Pasche et Prof. Bastiaan Ibelings

La station de recherches sera retirée en 2026. N’est-ce pas trop court pour des études à long terme ?

L’étude des planctons sur une période qui correspond à un siècle d’observation en forêts. Tel appareil mesure la température de l’eau à différentes profondeurs, tel autre prélève des échantillons, un autre mesure encore le taux d’oxygène. Concrètement, les chercheurs constatent des microsplastics, la raréfaction de phytoplanctons notamment connus pour le pompage du CO2 et une chaîne alimentaire appauvrie. La surface de l’eau se réchauffe plus vite. Les conséquences pour l’écosystème sont encore inconnues, et l’écart de températures entre les profondeurs et la surface se creuse. Il est plus important qu’il y a 20 ans. En raison du réchauffement continu de l’eau des lacs, la stratification augmente et la composition du plancton se modifie. Par exemple, les scientifiques s’inquiètent que certaines algues bleues (cyanobactéries) prolifèrent autant et compromettent la pêche et l’approvisionnement en eau potable. Par quel phénomène cette superbe couleur turquoise colorait-elle à ce moment-là les eaux du lac? La coloration est due au calcite. Mais encore? Comment? Comme on l’a vu plus haut, le plus important reste la prédiction. Elle divise encore et nous amène à réfléchir à notre attitude. A un degré supérieur, elle impose aussi des mesures parfois contraignantes. La plateforme sera accessible à tous les chercheurs intéressés. Un site internet permettra de consulter en temps réel différentes informations comme la qualité de l’eau, les bulletins météo, ou la température du lac. Le site www.lexplore.ch n’est pas encore accessible. On peut en revanche consulter http://wp.unil.ch/lexplore.