Portraits – Peter Pardey – Fifres et Tambours

Dimanche 10 novembre, ils ont offert au Caveau des Vignerons un moment d’émotion en partageant le dernier verre de l’amitié

Christian Dick | «La pause est finie, le travail doit reprendre» proclame l’un des trois docteurs peu avant le final à la dernière Fête des vignerons. Ce n’est pas tout à fait ce que se sont dit Vreni et Peter Pardey. Ils ont déjà donné. Mais leur pause à Epesses, oui, est bien terminée.

Peter est arrivé en 1977 comme Tambour à la Fête des vignerons et a logé chez Patrick Fonjallaz. Il est revenu ensuite une dizaine de fois, en automne pour les vendanges, chez Michel Fonjallaz. «Pas seulement boire, savoir le faire» était l’une de ses motivations. Le couple s’est rapidement intégré au village et y a noué de nombreuses amitiés. Avec Gugu, l’ancien buraliste postal, et son épouse Marguerite, ils ont occupé durant les week-ends une petite maison donnant sur la place. Au décès de Gugu et de Marguerite, Peter et Vreni s’y sont rendus seuls, arrivant de Bâle-Ville pour retrouver les amis du village et les réunir les lundis autour de la table des blagueurs. C’est à Epesses encore qu’ils ont vécu la Fête des vignerons de 1999. Peter y était commandant des Fifres et Tambours de Bâle. Les répétitions, il les a faites seul avec son tambour sous la tente de la Veyre à St-Légier, sans costume. La troupe n’est arrivée que la veille de la Fête. Les Bâlois connaissent. Pas besoin de leur faire un dessin pour tenir un tambour, un fifre ou leur place. Ils ont le carnaval et Tattoo. Ils savent. En 1999 déjà, les Fifres et Tambours jouaient à point d’heure en traversant le village, au retour de Vevey. «Ça rouspétait déjà» se souvient Peter qui a remis son bâton de commandant après la Fête. Comme les circonstances sont parfois bien imprévisibles, le bâton de commandant est revenu bien plus tard à son fils Andres qui l’a tenu bien haut lors de la dernière Fête des vignerons. Chaque fifre et chaque tambour joue au carnaval de Bâle, mais dans une clique différente. Certains ne se connaissent pas et se lient d’amitié à Epesses où les vignerons les logent. Lorsqu’on a une famille, quatre semaines passent lentement. Aussi, la plupart d’entre eux se sont-ils inscrits pour deux semaines en se relayant. Peter et Vreni Pardey ont été fidèles au village, à l’amitié. «La pause est finie». Ils ont quitté leur petite maison sur la place d’Epesses. Dimanche 10 novembre, ils ont offert au Caveau des Vignerons un moment d’émotion en partageant le dernier verre de l’amitié avec leurs amis et les fidèles du banc des blagueurs. On doit à Peter le maintien de cette institution. C’est lui qui a sorti le banc à l’apparition du premier bourgeon, qui l’a remisé quand tombait la dernière feuille en automne, lui encore qui l’a entretenu l’hiver. Gugu le buraliste a été un membre libre et assidu du Caveau des Vignerons. Il s’y est investi pour différentes organisations. Un Bâlois s’investissant pour maintenir une tradition, un ancien buraliste dévoué à la cause viticole, tous deux magnifiquement secondés par leurs épouses, peut inspirer la réflexion suivante: Si des non-vignerons s’associent à la cause avec autant d’ardeur que de fidélité, si de jeunes vignerons en mal de visibilité montent à Berne, si d’autres ne se succèdent plus à la vigne, sinon comment expliquer qu’au village en moins de dix ans ce sont autant de vignerons qui ne le sont plus, c’est que peut-être ce n’est pas seulement le vin qui se vend mal, mais le métier lui-même. Les temps sont difficiles, mais beaucoup de corps de métier ne surfent plus sur la vague. On peine à comprendre qu’il soit si mal défendu. C’est pourtant un beau métier, en phase avec la nature, la convivialité, une clientèle au large éventail. Arrêtons-nous un moment devant le tableau accroché à l’entrée du Café Romand à Lausanne. Il montre un vigneron le pied posé sur un mur de vigne. Il contemple son joli village, ses vignes, le lac, un bout des Alpes. Il semble dire que c’est à lui. Il fait envie. La plupart d’entre nous voient, huit heures durant, le bureau d’en face pour horizon, comme miroir de la vie un écran plat ou compagnie une multitude de collègues s’agitant dans un espace confiné. C’est bien le métier qui se vend mal, et donc son vin. «La vie est éphémère.» Les choses passent. Certaines entrent dans l’oubli. D’autres se transmettent et finiront par revenir.