Né d’aucune femme Franck Bouysse – Editions La manufacture de livres

Monique Misiego |. Pas de date, pas d’endroit, l’auteur d’entrée laisse planer le mystère. On ne sait pas où l’on est, quelque part en France, ni à quelle époque, on a très peu de détails. Pour ce qui est du décor. Le récit commence dans un confessionnal, avec le père Gabriel, qui reçoit une femme qui lui demande une faveur particulière. Bénir une femme qui vient de mourir à l’asile. Cela rentre dans ses cordes. Mais elle lui demande aussi de récupérer des cahiers cachés sous la robe de la défunte, afin de les faire sortir de l’asile avant qu’ils ne soient détruits. Accompagné de son sacristain, il va s’exécuter et trouver ces cahiers mystérieux. Dans lesquels il va se plonger et découvrir les horreurs infligées à cette femme qui se prénomme Rose. Rose est l’aînée de quatre filles dans la campagne française, à une époque où il est très difficile pour un paysan de nourrir ses enfants, et où un enfant mâle est plus apprécié qu’une fille parce que ce sont des bras pour aider. Ce père, rude et bourru mais qui aime ses filles, va vendre sa fille à un riche propriétaire afin d’obtenir quelque argent pour voir venir. Puisque c’est courant dans cette période de faire engager une fille dans les grandes maisons pour assurer le ménage, il n’a aucune raison de se méfier. Il doit toutefois assumer les reproches de sa femme qu’il n’a pas avertie de ses démarches. Engagée pour faire le ménage, puisqu’il n’y a pas d’enfants dans cette grande maison, Rose va vite s’apercevoir qu’elle est tombée chez des pervers et qu’elle n’est pas au bout de ses malheurs. Elle va vivre l’enfer jusqu’à ce qu’elle soit internée dans cet asile où elle s’éteindra petit à petit. On peut imaginer des mauvais traitements comme il en existait à ce moment-là dans la façon de traiter les domestiques. Mais c’est beaucoup plus pervers que ça. On s’imagine ce qui va arriver, mais le récit dépasse largement notre imagination. Ce propriétaire diabolique n’a aucune limite dans sa méchanceté, son mépris et sa perversité. Tout cela avec la bénédiction de sa mère qui vit avec lui et qui ne lève pas le petit doigt pour sauver cette jeune fille. Bien au contraire, elle est complice, voire plus. Rose va découvrir qu’ils ont un énorme secret à cacher, secret qu’elle ne va pas tarder à découvrir, ce qui va accélérer sa perte. Elle essaye bien de s’enfuir, mais son bourreau n’est pas né de la dernière pluie et va la retrouver et lui faire payer sans aucune limite. Mais je vous rassure, il y a tout de même des personnages positifs, un ange gardien qui va veiller sur cette Rose. Ils sont peu, il faut bien le dire, mais ils vont aider l’héroïne à supporter son calvaire. J’ai entamé ce livre parce que je pensais que l’histoire portait sur le féminisme au vu de la couverture. Il n’en est rien, bien au contraire. Même si l’héroïne se révolte, c’est tout de même la domination masculine qui l’emporte fortement. Ce n’est pas mon genre de lecture mais une fois commencé, je n’ai pas pu le lâcher. Je pensais chaque fois avoir découvert la limite des tortures infligées à cette femme, mais chaque fois la limite était repoussée. Je me suis même demandé si ce n’était pas une histoire vraie tant il me paraît difficile d’imaginer tout cela. L’auteur est très doué pour nous maintenir en haleine, même si quelquefois on est au bord de l’écoeurement. Mais le suspense prend bien, on ne peut se détourner. L’auteur, Franck Bouysse, est lauréat de plus de dix prix littéraires. Avec ce roman sensible et poignant, il confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine. Auteur de 14 romans et trois ouvrages sur le Limousin, il a reçu le prix des libraires 2019 pour cet ouvrage. Je n’ai pas trouvé de mauvaise critique sur internet, il faut croire que mon choix est bon. En tous les cas, c’est un polar qui ne vous laissera pas indifférent, et que vous n’oublierez pas de sitôt. Bonne lecture (parce que je suis sûre que je vous ai donné envie de le lire).