Lutry – Jacques-André Conne, syndic, passe le témoin

Ce radical de toujours n’a pas de souci pour sa succession

Claude Quartier | 18 ans de municipalité dont 9 ans de syndicature, 27 ans au Conseil communal (1974-2001), soit en tout 45 ans au service de la communauté: Jacques-André Conne, syndic de Lutry, a beaucoup donné. Mais pourquoi quitter deux ans avant la fin de la législature ? « Justement parce qu’il y a encore deux ans ! ». Quand on a 71 ans et une longue carrière derrière soi, on aspire à la retraite. Non par lassitude, non par des conflits politiques qui vous usent ou des dossiers qui vous dépassent: « Non, j’ai toujours du plaisir à exercer cette fonction mais maintenant j’ai envie de me retirer et de laisser la place à des plus jeunes ». Ce radical de toujours n’a pas de souci pour sa succession: «La fonction est passionnante. La commune a les moyens humains et financiers pour investir dans le futur, les relations au sein de la Municipalité et avec le Conseil sont bonnes. Je sais qu’au PLR, majoritaire au Conseil (43 sièges sur 85), la relève est prête». La date des élections complémentaires à la Municipalité et à la syndicature n’est pas encore connue.

Lutry entre Lausanne et Vevey

Combien de «chefs de village» se sont retirés, leur devoir accompli, depuis que les premiers habitants de Lutry au Néolithique ont dressé les menhirs encore visibles aujourd’hui? Ils sont innombrables, mais peu ont vécu en temps de paix une telle évolution du village. 3500 habitants en 1960, un peu plus de 5000 quand Jacques-André Conne entre au Conseil. Le seuil des 10’000 habitants est franchi quand il quitte ses fonctions. Durant ses plus de 45 ans d’activité, Lutry double sa population et passe du statut de bourg viticole aux portes de Lavaux à celui de commune d’importance régionale tiraillée entre l’agglomération lausannoise et la Riviera. Comme le souligne le syndic: «Nous sommes Lavaux de cœur, mais proche par raison de Pully et Lausanne par le biais des grandes organisations régionales comme le projet d’agglomération Lausanne-Morges (PALM) ou le schéma directeur de l’Est lausannois (SDEL). Plus pratiquement par les transports publics, les pompiers ou par le réseau de gaz géré en collaboration avec les Services industriels de Lausanne».  Lutry cherche tout de même à faire valoir son quant à soi en ayant par exemple initié une police intercommunale, avec comme partenaires les communes de Bourg-en-Lavaux, Chexbres, Puidoux, Rivaz et St-Saphorin, ce qui fait débat actuellement, car le bassin de population est un peu faible pour une police fonctionnant 24 heures sur 24. 

Taille et finances : une commune modèle

Lutry est par sa structure une commune modèle: 10’000 habitants, 840 ha dont 120 ha de vigne, des hameaux viticoles pittoresques et bien préservés, un bourg historique, le Léman et deux ports, une situation financière enviable avec un taux d’imposition de 55,5%. Cette situation privilégiée a aussi ses contraintes: des loyers élevés et un système péréquatif qui étrangle la commune. Deux causes qui tiennent à cœur au syndic. «La Coopérative du logement de Lutry (CLL) a été fondée en 1991. C’est un organisme sans but lucratif, qui a pour vocation de mettre sur le marché des appartements à loyers abordables. Le dernier immeuble construit aux Brûlées sur un terrain communal, a bénéficié d’un droit de superficie gratuit. En 2011, la commune a mis en place l’aide individuelle au logement. C’est un soutien financier offert aux personnes ou aux ménages qui peinent à payer leur loyer.» Malgré des finances saines et le taux d’imposition le plus bas du canton pour des communes de 10’000 habitants, la mise en place de RIE III et la politique de péréquation cantonale aura été le dernier et gros souci du syndic sortant. «Le budget 2019 présente pour la première fois un déficit de 7 millions de francs. Pour cette année, les charges cantonales et intercommunales, dont la maîtrise échappe à la Municipalité, sont estimées à 49 millions représentant plus de 65% des charges globales. Le canton s’enrichit, les communes s’appauvrissent, il est urgent de bloquer cette évolution. Il faut absolument que le canton revoie la répartition de la facture sociale». Sur le bureau de son successeur, se trouvent des projets importants déjà bien engagés: la ligne de bus à Haut Niveau de Service et le réaménagement complet de la RC780 entre Pully et Lutry, actuellement à l’enquête publique; la construction du collège secondaire au Grand Pont. La réalisation de ces projets sera rendue possible par la saine gestion des finances communales, sous la syndicature de Jacques-André Conne.