Le périple des Pasche

Céline Pasche | Nous nous sommes rencontrés une année avant notre départ. Xavier avait déjà l’idée de rejoindre la Nouvelle-Zélande à vélo. Instantanément, ce projet m’a séduite, autant que l’homme. Nous aimons notre vie en Suisse: passionnés d’alpinisme, de grimpe et de ski de randonnée, nous passons tous nos week-ends dans la nature. Xavier est dessinateur architecte et je m’occupe de personnes en difficulté en les emmenant en montagne. Pourtant le voyage nous appelle, comme il l’a déjà fait à plusieurs reprises. Nous mettons alors tout en place pour partir, quittant nos emplois, laissant notre appartement et vendant nos biens matériels. Aujourd’hui notre maison se trouve sur nos vélos.
La plus grande inconnue était les vélos; nous avons donc demandé à un ami de nous aider, puis nous avons préparé tout le matériel nécessaire à entreprendre un tel voyage par des températures devant toucher les deux extrêmes. Partis à la découverte des peuples, nous
avions dessiné au crayon un itinéraire qui devait rejoindre la Nouvelle-Zélande. Nous voulions plonger au cœur des cultures, vivre le dépaysement, nous imprégner des paysages de la Terre, partir à la découverte. Nous avions
alors mentionné trois ans. Cette limite de temps était un moyen de nous rassurer, de pouvoir nous projeter au-delà de ce vaste inconnu qui se présentait à nous.

Puis, nous avions consciemment cherché à définir nos attentes, à savoir comment nous voulions vivre cette aventure en couple. C’était une étape essentielle à nos yeux. Nous avions choisi de faire confiance à nos intuitions, à la vie, aux gens. Ainsi, nous n’avons jamais cadenassé nos vélos, nous avons accepté toutes les invitations et avons bu l’eau comme les locaux. Nous nous sommes laissés guider par le chemin et finalement notre itinéraire s’est transformé en symbole de l’infini, un huit entourant les montagnes sacrées de l’Altaï et les hautes cimes de l’Himalaya.

En route, notre cœur regarde souvent dans la même direction. À chaque croisée de chemins, nous sommes toujours partants pour choisir celui des montagnes, celui des petites routes en terre qui s’élèvent vers les hauteurs, celui de la rencontre avec la population. Pourtant, trouver l’équilibre entre nous n’est pas toujours simple.

Pourquoi est-ce que c’est toujours toi qui me fais craquer ?
Mais Xavier n’entend pas. Il est déjà parti dans la direction opposée. Nous sommes en Corée du Sud. Je le regarde s’éloigner, les larmes aux yeux. Nous n’avons aucun moyen de nous joindre. Si nous nous perdons de vue, ce sera pour plusieurs jours. Mais je ne veux pas céder, lui non plus. Jours et nuits ensemble, c’est souvent le conjoint qui ajoute la goutte supplémentaire à notre malaise intérieur, créant l’explosion.
Soudain, Xavier s’arrête au bord de la route. Il a fait le premier pas. Je le rejoins. Tout au long de notre parcours, nous sommes poussés à communiquer nos émotions immédiatement, à trouver une troisième voie qui permet l’apaisement. Nous avons ainsi appris à demander, à proposer notre aide et à écouter au lieu de penser pour l’autre. Cela ne nous laisse aucun répit, aucune distance. Tout se dit, parfois crûment, parfois sous la colère, parfois dans le découragement. Pourtant cette communication nous permet d’être en lien avec nos besoins, d’être authentiques dans notre relation et ainsi de vivre pleinement l’instant présent.