La Suisse par ses frontières

Jean-Gabriel Linder |  Le 24 janvier dernier, à la Maison Jaune de Cully, l’Association ProLavaux – AVL accueillait un nombreux public venu écouter une conférence de Rupert Roschnik intitulée «La Suisse par ses frontières!» Ce jour était la date anniversaire de proclamation de l’indépendance vaudoise, en 1798, qui opère la séparation de Vaud du canton de Berne. Dans leurs frontières, les Vaudois entendaient dorénavant pouvoir décider de leur avenir; émancipés de Berne, ils seront plus tard sur un pied d’égalité avec les autres cantons dans les frontières de la Confédération suisse, libre et indépendante, dont la silhouette nous est aujourd’hui familière sur les cartes de géographie. Mais les connaissons-nous vraiment ces frontières? Pour répondre à cette question, ce sont donc les frontières suisses voulues, négociées, définies et établies, puis défendues par nos ancêtres, que Rupert Roschnik a cherché à suivre au plus près dans le terrain. Et «Il l’a fait!»: un exploit unique réalisant un vieux rêve: «Un projet insensé! Je l’ai réussi! Faire le tour de la Suisse par ses frontières internationales à pied, en vélo et en kayak» – écrit-il sur son site internet https://swiss-perimeter.ch, où vous trouverez tous les détails, le journal et les photos de cette randonnée. Né en 1940 à Vienne, Rupert Roschnik à l’âge de 75 ans, a, en effet, suivi précisément toutes les frontières de la Suisse, où qu’elles passent, d’une borne à l’autre si possible, dans les plaines et les vallées, dans l’eau, dans les montagnes, d’une extrême à l’autre, à l’ouest, au sud, à l’est et au nord, escaladant des sommets alpestres mythiques, comme le Cervin, passant de 193 mètres d’altitude du lac Majeur au Tessin, puis dans le massif du Mont Rose, aux 4618 mètres du Grenzgipfel en Valais, et, exceptionnellement en s’éloignant de trois cents mètres de la frontière et en continuant la montée, il atteint le plus haut sommet de Suisse, la Pointe Dufour, à 4634 mètres! Soit – une fois revenu à son point de départ au Dreiländereck sur le Rhin à Bâle – 2500 kilomètres parcourus dont cent sommets gravis, le tout en 115 jours: une extraordinaire aventure, dans des conditions parfois périlleuses hors des sentiers battus. Il fallait une condition physique d’alpiniste confirmé et chevronné, de l’endurance, une volonté et un esprit de décision acquis depuis son doctorat en chimie, à Cambridge en 1965 – année où il se marie –, et ses séjours, une année en Rhodésie du Sud (aujourd’hui le Zimbabwe), quatre ans au Malawi, puis, une fois établi en Suisse en 1970 et entré chez Nestlé, cinq ans encore en fin de carrière, d’abord en Chine puis aux Etats-Unis. Rupert Roschnik a aussi bénéficié de l’appui indéfectible de son épouse Sally et de ses proches, comme d’amis, qui ont assuré l’intendance et l’ont accompagné dans le terrain quand les conditions le permettaient; à tour de rôle huit guides ont assuré sa sécurité dans les 120’000 mètres de dénivelé parcourus au total. Après avoir partagé cette expérience peu banale – illustrée de nombreuses vues – et pris la mesure du périmètre de notre pays, le public a pu, tout en le félicitant, directement s’entretenir avec Rupert Roschnik, autour d’un apéritif offert par l’Association ProLavaux – AVL.