La petite histoire des mots de Georges Pop

Printemps

Une hirondelles ne fait pas le printemps…
Illustration © Arvid Ellefsplass

C’est le 20 mars dernier, à très exactement 22h58 et 25 secondes que nous avons quitté l’hiver pour basculer dans la « belle saison », au moment de l’équinoxe de printemps. L’équinoxe correspond à l’instant de l’année où le soleil traverse le plan équatorial de la Terre. Notre astre du jour est alors au zénith de l’Equateur ce qui permet au jour et à la nuit de se partager le temps à parts égales, aussi bien dans notre hémisphère nord que dans l’hémisphère sud. De notre côté, les jours s’allongent, alors que de l’autre ils rétrécissent et annoncent l’arrière puis la mauvaise saison. Pour les Romains, le printemps correspondait au mot « ver » et à son dérivé « vernus » qui signifiait « printanier ». Nous en avons hérité l’adjectif « vernal », peu usité dans le langage courant mais très coutumier chez les botanistes qui nomment « vernales » les innombrables espèces végétales qui sous nos latitudes se développent au printemps et aussi chez les astronomes qui qualifient l’équinoxe de « point vernal ». Au 13e siècle, on parlait déjà de « printans », mot dérivé du latin « primus tempus », autrement dit le premier temps ou encore la première saison ; car ce ne fut que depuis un édit du roi Charles IX, en l’an 1564, qu’on a commencé en France à compter l’année par le mois de janvier. L’année débutait jusqu’alors au mois de mars et le printemps en était non seulement la première saison mais aussi l’amorce d’une année nouvelle. Les mots « printans » puis « printemps » n’ont cependant que très progressivement remplacé un autre terme, beaucoup plus en usage en ce temps-là pour désigner notre belle saison : le « primevere » et ses variantes « premevaire et primevoire », issu de l’expression latine « primo vere » qui veut tout simplement dire « début du printemps ». Les langues italienne, espagnole et portugaise ont d’ailleurs conservé le joli vocable « primavera » pour désigner le printemps. La langue française en a elle conservé le nom d’une fleur : la « primevère » dont la variété commune des jardins est une des premières fleurs du printemps, puisqu’elle fleurit et enjolive nos jardins de février à mai. Il existe de très nombreux proverbes sur le printemps qualifié de « saison de l’amour », par les poètes car il s’accorde, dans nos zones tempérées, au réveil et à la fertilisation des végétaux. Le plus célèbre d’entre eux reste assurément celui selon lequel « une hirondelle ne fait pas le printemps ». Cette maxime est très ancienne : elle a été énoncée en des termes à peine différents au 4e siècle av. J.-C. déjà par Aristote dans un ouvrage intitulé « L’Ethique à Nicomaque » où le philosophe grec traite de l’éthique de la politique et de l’économie. Aristote s’était d’ailleurs lui-même inspiré d’une fable du fabuliste Esope qui vécut deux siècles plus tôt. Le proverbe fut traduit en latin puis fut répertorié dans la langue de Molière en 1842 dans « Le Livre des proverbes français » écrit par le bibliothécaire et historien Antoin de Lincy. On peut y voir deux sens de nos jours. Le premier signifie qu’il faut se garder de conclusions hâtives sur la base d’un seul évènement ; le second est candidement météorologique dans la mesure où il correspond à la réalité de la migration des hirondelles. Il témoigne aussi du fait que les hirondelles ne sont pas infaillibles et que certaines d’entre elles peuvent revenir plus tôt qu’elles ne devraient…

 Georges Pop