La petite histoire des mots – Cadre

Illustration © Arvid Ellefsplass

Georges Pop  |  Avec le retour de la belle saison, sans doute sommes-nous encore plus nombreux, avant chaque week-end, à consulter les prévisions de la météo pour envisager une sortie en campagne, en forêt, au bord d’un lac ou en piscine ou tout simplement pour se préparer à une grillade en plein air. 

«Météo» – nul ne l’ignore – et une apocope (une simplification) du mot «météorologie» dont l’histoire est très loin d’être récente. C’est en effet au 4e siècle avant notre ère que le philosophe grec Aristote composa un traité qu’il appela «météorologiques» (Μετεωρολογικῶν), un ouvrage traitant de la logique (logos) régissant les «météores». Il faut bien comprendre qu’à l’époque, et aujourd’hui encore bien que nous ayons tendance à l’oublier, le mot «météore», du grec «meteôros» (μετέωρος) qui signifie «haut dans les airs», ne désigne pas uniquement les bolides venus de l’espace qui se consument dans l’atmosphère, mais tous les phénomènes atmosphériques tels que la pluie, la neige, la grêle, le tonnerre, les éclairs et même les arcs-en-ciel. Il est fascinant de constater qu’Aristote avait pour son temps une idée plutôt éclairée du monde qui l’entourait. Il avait compris que la terre était ronde, qu’elle était très éloignée du soleil et des autres étoiles et qu’elle n’était qu’un point dans l’univers. Le monde était, selon lui, régi par les quatre éléments que sont la terre, l’air, l’eau et le feu dont l’interaction, pensait-il, gouverne tous les phénomènes atmosphériques. Ce n’est qu’à partir du 17e siècle que la météorologie commença à devenir une véritable science grâce à des précurseurs tels que l’Anglais Robert Hooke qui entreprit de mesurer méthodiquement la vitesse des vents; l’Américain Benjamin Franklin qui comprit que la foudre était un phénomène électrique ou encore le Genevois Horace-Bénédict de Saussure qui bricola un hygromètre à cheveux pour mesurer l’humidité de l’air. 

Le mot «météo» est lui un produit de la Première Guerre mondiale. Dans leurs tranchées, les poilus français se sont mis à l’utiliser dans un sens argotique pour évoquer la pluie et le beau temps auxquels ils étaient tributaires, mais aussi, par métaphore, les déluges d’obus et de bombes qui leur tombaient du ciel. «Météo» est ainsi entré dans le dictionnaire en 1917. C’est durant la Seconde Guerre mondiale, que la météorologie prit l’importance qu’on lui connaît désormais, les prévisions du temps étant devenues essentielles pour préparer les offensives terrestres ou les opérations maritimes. Jamais le débarquement allié de juin 1944, dont le 75e anniversaire a été célébré la semaine dernière, n’aurait pu se conclure sur un succès sans la contribution capitale des météorologues. 

Pour terminer sur un registre plus poétique, à l’heure des satellites et du tout-numérique, cette citation du cinéaste français Claude Lelouch aurait sans doute plu au vieil Aristote: «la vie est une météo… imprévisible»!