La petite histoire des mots

Raquette

Georges Pop | Les 33’000 pièces de monnaie à l’effigie de Roger Federer sont parties quasi instantanément, la semaine dernière. Le site de Swissmint, l’entreprise publique qui s’occupe de la frappe de la monnaie suisse, a failli exploser sous la demande. Mais que les supporters du champion suisse se rassurent: le 23 janvier prochain, il leur restera une chance d’acquérir la pièce lors de la mise en vente de 22’000 pièces supplémentaires. On y voit le Bâlois, le visage déterminé, entamant un de ces revers dont il a le secret, la raquette à la main. Voilà qui nous amène au mot «raquette» qui est un prolongement de la main dont il est étymologiquement mais indirectement associé. En effet, «raquette» est un dérivé du latin médiéval «rasceta» qui désignait la paume de la main ou le poignet. Le jeu de paume, ancêtre de la pelote basque et de tous les sports de raquette, se jouait jadis chez les nobles à main nue ou, à partir du XIIIe siècle, avec un gant de cuir. En chirurgie, on parlait alors de «la rachete de la main» à propos du carpe, ce  groupe d’os du poignet qui permet d’articuler l’avant-bras avec le métacarpe. Les premières raquettes dignes de ce nom furent introduites en France au début ou au milieu du XVIe siècle pour éviter aux joueurs de la noblesse de se blesser la main. Ces premiers instruments permettant de lancer une balle prirent aussitôt le nom de «raquecte» ou encore de «racquette». Ils se composaient déjà d’un manche qui permet de les tenir en main et d’un tamis servant à frapper la balle. Par analogie, les raquettes à neige, prirent le même nom un peu plus tard. Il est cocasse de relever que le tennis est par ricochet un héritage de la défaite française d’Azincourt en 1415, face aux Anglais. A l’issue de la bataille, le duc d’Orléans fut capturé et emprisonné au château de Wingfield dans le Norfolk pendant une vingtaine d’années. Pour tromper l’ennui, le duc pratiqua le jeu de paume quasi quotidiennement. Le jeu fut très vite adopté par ses gardiens et se répandit en Angleterre. Quatre siècles plus tard, le descendant du châtelain de Wingfield, Walter Clopton Wingfield, inventa le tennis en adaptant le jeu de paume sur une surface herbeuse. Quant au mot «tennis», il est un héritage direct de la pratique du jeu de paume. En France, il était en effet d’usage de crier «Tenez!» avant de lancer la balle à l’adversaire. Avec le savoureux accent qui distingue ceux que les Français appellent parfois des «Roastbeefs», le mot s’est progressivement transformé en «teneys» puis en «tennis». Quant aux raquettes, elles sont de nos jours indispensables pour jouer au tennis, au tennis de table (ping-pong), au badminton, ou encore au squash. On notera du coup que «ping-pong» est une onomatopée issue de «ping», bruit du choc de la balle contre la raquette, et de «pong», bruit du rebond sur la table; que «to squash» en anglais veut dire «écraser», en l’occurrence une balle contre un mur, et que «badminton» est le nom d’une ville anglaise ou ce sport fut inventé, adapté d’un jeu indien, le «poona» qui se pratiquait avec une raquette et une balle légères.