La petite histoire des mots

Mercure

Georges Pop | Le bon vieux thermomètre à mercure est en voie de disparition, remplacé le plus souvent par des modèles électroniques ou par d’autres où le mercure a été remplacé par du gallium qui ne présente aucun danger pour la santé en cas de rupture. Pourtant le mot «mercure» est durablement entré dans le langage météorologique pour annoncer des changements notables de température. Ainsi, lors de la canicule qui a frappé le pays la semaine dernière, nous avons encore lu ou entendu des phrases telles que «le mercure grimpe encore» ou «le mercure pourrait atteindre 38 degrés». Mais pourquoi diable ce métal aux propriétés si singulières a-t-il pris le nom d’un dieu romain et – du coup – celui de la planète la plus proche du soleil? Les Grecs de l’Antiquité connaissaient déjà le mercure. Au quatrième siècle avant notre ère, le philosophe et naturaliste Théophraste le désignait sous le nom de «chytón árgyron» (χυτὸν ἄργυρον), autrement dit «vif-argent» compte-tenu de son apparence argentée. L’appellation «argento vivo», fut reprise par les alchimistes du Moyen-Age Mais ils utilisaient aussi parfois le terme «mercurio». Pour quelle raison? Eh bien il faut en chercher la cause dans le fait que les astrologues grecs et romains associaient les métaux qui leur étaient connus aux dieux et aux astres: l’or au soleil, la lune à l’argent, l’étain à Aphrodite (Vénus), le fer à Arès (Mars), l’étain à Zeus (Jupiter) et le plomb à Saturne (Cronos). Quant au mercure, compte-tenu de sa nature à la fois métallique  et liquide, il fut accordé au mythe de l’androgyne de Mercure, un être mythologique à la fois féminin et masculin. Dans le «Banquet», le philosophe Platon explique qu’à l’aube de l’humanité, les êtres humains possédaient les deux sexes. Mais Zeus, pour les punir de l’avoir défié, les coupa en deux. Apollon et son frère Hermès, le Mercure des Romains, furent chargés de réparer ces deux parties ainsi mutilées. Depuis, chaque moitié recherche l’autre, ce qui explique la quête d’amour entre l’homme et la femme. C’est ainsi que Mercure fut associé à ce métal singulier qui porte aujourd’hui son nom. Mais ce n’est qu’en 1787, dans leur «Méthode de nomenclature chimique», que les chimistes français Antoine Lavoisier et Louis-Bernard Guyton-Morveau abandonnèrent le terme «vif-argent», et d’autres encore, et imposèrent par souci d’efficacité et de simplification le mot «mercure» pour désigner le seul métal liquide et aussi le seul à posséder une température d’ébullition en dessous de 650 degrés. Notons qu’à cette époque le thermomètre à mercure existait déjà: Il avait été inventé par le physicien allemand Gabriel Fahrenheit en 1724. L’échelle de Fahrenheit, pour mesurer la température, est restée en usage en Europe jusqu’à la Révolution française. Elle fut graduellement remplacée par l’échelle Celsius, du nom d’un savant suédois, mais elle reste en usage dans les pays anglo-saxons, notamment aux Etats-Unis où elle est l’échelle officielle. Quant au dieu Mercure, il n’a pas seulement donné son nom à la première planète de notre système solaire, dont une surface est bouillante et l’autre glacée, mais aussi au troisième jour de la semaine: «mercredi» est issue du latin «Mercurii dies», le jour de Mercure. La plupart de nos contemporains l’ignorent. Et vous, le saviez-vous?