La petite histoire des mots

Candidat

Georges Pop | Les élections fédérales du 20 octobre prochain s’approchant à grands pas, les partis politiques entrent en campagne, fourbissent leurs armes et désignent leurs candidats. Combien parmi les lecteurs de cette chronique ont-ils déjà fait le lien entre les mots «candidat» et «candide»? Peu sans doute! La relation est pourtant bien réelle. «Candidat» nous vient du latin «candidatus» qui désignait une personne vêtue de blanc; mot lui-même dérivé de «candidus» qui veut dire blanc, pur ou encore franc et… candide. Chez les Romains – comme chez nous au demeurant – la couleur blanche symbolisait la pureté de l’âme. C’est pourquoi, à Rome, les prétendants à une charge publique devaient se vêtir d’une toge blanche, la «toga candida» ou blanchir leur toge à la craie pour afficher leur honnêteté et la sincérité de leurs intentions. Ils devenaient ainsi des «candidati», autrement dit des «hommes en blanc». Le mot en français est attesté dès la fin du 16e siècle pour désigner un aspirant à un grade académique après avoir peut-être, selon certains linguistes, transité par l’allemand «Kandidat». Le prénom Candide qui veut tout simplement dire «blanc» est quant à lui tombé de nos jours en désuétude. Mais il a connu jadis une certaine vogue au masculin comme au féminin. Selon la tradition chrétienne, Sainte Candide, dite aussi Blanche, subit le martyre à Rome vers l’an 290 avec Artème, son époux, et Pauline, leur fille pour avoir refusé d’abjurer sa foi et sacrifier aux dieux païens. Son prénom a fait des petits comme par exemple Candice ou Candie et même Candido au masculin; ce qui nous ramène au substantif candidat. Le Candide le plus célèbre reste bien sûr celui de Voltaire dans le conte philosophique «Candide ou l’Optimisme» paru à Genève en janvier 1759 et qui été réédité vingt fois du vivant de l’auteur, ce qui en fait l’un des plus grands succès littéraires français. Voltaire décrit son personnage dont le prénom évoque l’innocence de l’âme en ces termes: «Il avait le jugement assez droit, avec l’esprit le plus simple: c’est je crois, pour cette raison qu’on le nommait Candide». Candide à qui Voltaire en un temps très agité a fait dire: «cultivons notre jardin»; autrement dit faisons déjà bien ce qui est à notre portée plutôt que de vouloir changer le monde. De quoi inspirer peut-être passablement de candidats à des fonctions publiques, eux qui de nos jours portent rarement le blanc pour exposer la sincérité ou la pureté de leurs intentions, de leurs promesses ou de leur programme. Songeons à cette question posée un jour par François Hollande, alors candidat à la présidence de la République française: «Quand le candidat devient président, il y a toujours un risque: livrera-t-il ce qu’on attend de lui?» Poser la question, n’est-ce pas déjà y répondre…?