La petite histoire des mots

Cathédrale

Georges Pop. |. Le violent incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris, la semaine dernière, a soulevé une vague d’émotion et entraîné un impressionnant déferlement de dons pour financer une reconstruction qui s’annonce exorbitante et prendra sans doute plusieurs décennies en dépit des espoirs formulés par le président Emmanuel Macron. Le mot «cathédrale» désigne simplement une église où se trouve le siège de l’évêque ayant la charge d’un diocèse. Aux premiers temps du christianisme, dans les églises primitives, puis dans les premières basiliques inspirées des édifices romains, le trône de l’évêque était installé derrière l’autel, face à l’officiant. Ce trône s’appelait un «cathèdre», terme calqué du latin «cathedra» qui désigne un siège muni d’un haut dossier, lui-même issu d’un mot grec semblable (καθέδρα) qui nommait indistinctement un banc, un siège, la base d’une colonne ou… le gîte d’un animal. Le mot «cathédrale» fut d’abord un adjectif. On disait «église cathédrale» pour signifier qu’un évêque siégeait dans l’édifice. Ce n’est qu’au 17e siècle que le terme devint un substantif et qu’il prit le sens que nous lui connaissons de nos jours. Il est d’ailleurs intéressant de noter que, bien qu’il soit tombé en désuétude, le verbe «cathédrer»  existe lui aussi et signifie «présider à une thèse» le plus souvent de philosophie ou de théologie. Quant au «cathédrant», c’est précisément celui qui préside à cette thèse. On retrouve le mot «cathédrale» en anglais débarrassé de son accent aigu et de son «e» muet final. En revanche les locuteurs de langue allemande ou italienne lui préfèrent le mot «dôme» (en italien: duomo; en allemand: Dom). On parle ainsi souvent non pas de la cathédrale mais du dôme de Cologne ou de celui de Milan. Le mot est une abréviation de «domus Dei», la maison de Dieu en latin. Combien parmi les lecteurs de cette chronique savent que la basilique Saint-Pierre de Rome, le plus grand édifice de la chrétienté, n’est pas la cathédrale de la Ville éternelle? Ce titre revient en effet à basilique Saint-Jean-de-Latran (San Giovanni in Laterano) qui lui est antérieure puisque construite à partir de l’an 320 de notre ère. La Suisse, elle, ne compte pas moins de dix Cathédrales ou considérées comme telle. Quatre d’entre-elles sont réformées: Notre-Dame à Lausanne, Saint-Pierre à Genève, Notre-Dame à Bâle et Saint-Vincent à Berne. La collégiale d’Arlesheim dans le demi-canton de Bâle-Campagne a quant à elle perdu son titre. Restent pour le culte catholique Saint-Nicolas à Fribourg, Notre-Dame à Sion, Notre-Dame-de-l’Assomption à Coire, la cathédrale Saint-Ours et Saint-Victor à Soleure et la monumentale Abbatiale de Saint-Gall. Peu de Suisses peuvent se vanter de les avoir toutes visitées. Heureusement d’ailleurs! Car comme l’a si bien écrit l’écrivain et dramaturge américain Sinclair Lewis: « Celui qui a visité dix fois une cathédrale a vu quelque chose; celui qui a visité une seule fois dix cathédrales n’a pas vu grand-chose ».