La petite histoire des mots

Pâques

Georges Pop | A quelques jours de la célébration de Pâques, pourquoi ne pas se pencher sur l’origine du nom assez singulier que porte la fête la plus importante du christianisme célébrant chaque année la résurrection de Jésus; fête fixée au premier dimanche qui suit, selon la pratique héritée du passé, la première pleine lune après l’équinoxe de printemps. Le mot «Pâques» porte en effet en lui toute une partie de l’histoire du lien qui existe entre le christianisme et le judaïsme car il est un dérivé du verbe hébreu «pasah» qui veut dire «passer au-dessus». Selon la tradition biblique, les juifs captifs en Egypte avaient reçu l’ordre de Jahvé de badigeonner les montants des portes de leurs masures du sang d’un agneau pour les distinguer des logis égyptiens et permettre, lors de la 10e plaie, aux puissances divines appelés à tuer les premiers nés égyptiens de passer par-dessus ces portes, sans s’arrêter. Depuis, chaque année, les juifs commémorent la fête de Pessa’h qui commence par le sacrifice d’un agneau. Selon les Evangiles, la Passion du Christ s’est passée précisément durant ces célébrations juives. Du coup, le christianisme a assimilé cette fête et sa symbolique, le Christ prenant la place de l’agneau sacrifié afin de sauver les hommes de leurs péchés. Le verbe «pasah» s’étant transformé en «pasha» en araméen – la langue du Christ proche mais distincte de l’hébreu – les Grecs s’attachèrent au mot «pascha» (πάσχα) repris tel quel en caractères latins par les Romains. Mais c’est seulement après le 15e siècle que la distinction sémantique a été introduite par une orthographe distincte entre «Pasque» (ou Pâque) pour la fête juive et «Pasques» (ou Pâques) pour la fête chrétienne. Notons qu’en français, le pluriel de «Pâques» ne se rapporte pas à la pluralité des dates mais à celle des commémorations, la fête associant la dernière Cène, la Passion du Christ et sa résurrection. De nos jours, la plupart des Eglises chrétiennes célèbrent Pâques à une date indépendante du calendrier juif. Mais plusieurs Eglises évangéliques suivent le calendrier juif. C’est le cas de l’Eglise de Dieu du Septième Jour, des Baptistes du Septième Jour, de certaines chapelles des Témoins de Jéhovah et des Mormons. Quant aux œufs et aux lapins qui font le bonheur des éleveurs de poules, des confiseurs et des enfants, ils n’ont rien à voir avec le christianisme. Les fêtes de Pâques coïncidant avec les fêtes païennes de la fécondité, les deux traditions ont fini par se mélanger. La coutume qui consiste à offrir des œufs, symbole du cycle de vie, remonte à l’Antiquité, notamment égyptienne. Quant au lapin, il fut dans de nombreuses cultures un symbole de fécondité. D’ailleurs ne dit-on pas d’une personne très portée sur les plaisirs de la chair qu’elle est un «chaud lapin»? Certains historiens nous apprennent encore que le lapin de Pâques viendrait de Saxe où l’on honorait au printemps la déesse Eostre (Eastre), dont l’animal fétiche était le lièvre et qui a d’ailleurs donné son nom à «Easter», autrement dit Pâques en anglais. Et pour terminer sur une note d’humour un peu grinçante, citons le romancier américain Irvin David Yalom: « Vous savez quels sont les deux grands avantages de la maladie d’Alzheimer ? D’abord vos vieux amis deviennent vos nouveaux amis, et ensuite vous pouvez cacher vos propres œufs de Pâques ». Allez, bonnes Pâques!