La petite histoire des mots

Franc

Georges Pop | Le nouveau billet de mille francs est désormais disponible. Présenté urbi et orbi par la Banque nationale suisse (BNS), au début de ce mois de mars, il reste violet, comme le précédent, mais il est plus petit et selon Fritz Zurbrügg, le numéro deux de l’institut d’émission helvétique, « avec l’image de deux mains qui se serrent, un globe couvert de signes phonétiques et aussi un réseau ouvert, il représente les valeurs de communication de la Suisse. » Ce billet est aussi désormais le plus cher du monde, après la disparition de celui de 500 euros. La plupart des Suisses chérissent leur monnaie nationale, valeur refuge de réputation mondiale, considérée comme un symbole de notre souveraineté et de notre bien-être économique. Le franc pourtant présente une origine française et royale. La première pièce à porter ce nom, le « franc à cheval » fut frappée en 1360 sur ordre du roi Jean II le bon fait prisonnier par les Anglais à la bataille de Poitiers quatre ans plus tôt, pour financer le paiement de la rançon exigée par ses vainqueurs pour le libérer (plus d’une tonne d’or). Monnaie d’or à 24 carats pesant 3,88 grammes, le «franc à cheval» représente, sur la face, Jean II le bon sur son destrier, galopant à gauche, l’épée haute, coiffé d’un heaume couronné sommé d’un lis. Mais pourquoi ce nom de « franc » ? Eh bien il existe deux hypothèses. Selon la première, le mot « franc » signifiant également « libre » ou « affranchi », il est possible que le nom de cette nouvelle monnaie vienne de là. Selon la seconde, mieux admise, le mot serait en réalité issu de l’inscription gravée en latin sur la pièce «francorum rex», qui signifie roi des Francs. En ce temps-là, les souverains français étaient encore qualifiés de rois des Francs, du nom de cette tribu germanique qui avait conquis la Gaule, dont sont issus Clovis ou Charlemagne, et qui a fini par donner son nom à la France. Le terme « franc » perdura en tant que synonyme de la livre (la monnaie de l’époque) et fut définitivement adopté sous la Révolution française en 1795 quand celle-ci fut remplacée par une monnaie décimale. Le franc suisse, lui, ne fut définitivement adopté qu’après la guerre de Sonderbund de 1848 et la suppression des monnaies cantonales, la nouvelle constitution qui fonda la Confédération moderne n’attribuant qu’au seul Etat fédéral la responsabilité de la frappe de la monnaie. Les premières pièces en franc suisse furent frappées dès 1850 mais ce n’est qu’en 1907 que la Banque nationale suisse obtint le monopole pour la fabrication des billets. En 1919, la petite principauté du Liechtenstein adopta le franc suisse comme monnaie officielle. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. La France, qui a donné son nom à notre monnaie nationale, a abandonné le franc en 1999 en entrant dans la zone euro. Les francs belge et luxembourgeois, subirent le même sort. La Suisse n’a cependant pas le monopole du franc. Une vingtaine de pays africains, héritage de leur passé colonial, conservent de nos jours ce nom pour leur monnaie nationale. Mais la valeur et la réputation du franc suisse reste inégalée par rapport à ses homonymes de l’Afrique noire, même si on lui reproche encore de servir ponctuellement au blanchiment de certaines fortunes salement acquises.