La petite histoire des mots

Banque

Georges Pop | Le jugement est tombé la semaine dernière : la banque UBS va devoir dépocher une amende mammouth de 4,2 milliards de francs à l’Etat français. Le plus grand établissement bancaire suisse a été lourdement condamné par la justice française pour démarchage bancaire, blanchiment et fraude fiscale. Mais UBS n’a pas l’intention de capituler. La banque fait appel. Voilà une belle occasion de nous pencher sur le mot « banque » pour remonter aux sources les plus anciennes de l’activité bancaire née déjà trois mille ans avant notre ère en Mésopotamie. En ce temps-là, dans la ville d’Ur, ce sont les temples qui faisaient office de banques et les prêtres de banquiers en prêtant, non sans intérêts, de l’argent aux marchands et aux monarques. Dans les cités grecques, qui avaient chacune leur monnaie, les changeurs étaient installés devant des tables sur les places du marché. Dans le monde grec, la «trapeza» (τράπεζα) était tout simplement la table de ces agents de change. Dans la langue d’Homère, le mot désigne de ce fait aussi une banque. Ces tables, dont la Bible nous dit que Jésus les renversa en chassant les marchands du Temple, vont se perpétuer durant tout le Moyen-Age et jusqu’à la Renaissance. Ce sont elles qui vont donner, également en français, le mot «banque» qui apparaît au 16e siècle, lorsque les banquiers italiens, notamment lombards, révolutionnèrent le commerce et l’économie bancaire. En italien, le mot «banca», d’où nous vient aussi le mot «banc», désignait tout simplement une de ces tables de comptoir. C’est de là aussi que nous d’ailleurs vient le terme «banqueroute» qui définit une faillite ou un naufrage financier, emprunté à l’italien «banca rotta» qui veut dire «banc cassé». Il est amusant de noter encore que «banquier» et «saltimbanque», mot qui désigne un bateleur qui débite des boniments sur la place publique, sont étymologiquement étroitement affiliés. En italien l’expression «salto in banco» veut dire sauter sur un banc ou sur un tréteau, allusion aux sautillements et au baratin des amuseurs et autre «banquistes» (forains) de jadis. On sait aujourd’hui que les banquiers peuvent, sous couvert de jargon financier, être parfois aussi de fieffés baratineurs. Comment ne pas conclure cette chronique sans évoquer encore feu le secret bancaire suisse qui nous a valu tant de critiques, notamment de la part de nos dispendieux voisins tricolores? Il est cocasse de constater que le secret bancaire helvétique trouve son origine dans les intrigues… d’un Français: Louis le quatorzième, alias le roi Soleil. Selon le professeur d’histoire à l’Université de Lausanne Sébastien Guex, dans un ouvrage intitulé «Les Origines du Secret bancaire suisse et son Rôle dans la Politique de la Confédération au sortir de la Seconde Guerre mondiale», Louis XIV n’avait rien trouvé de mieux pour soutenir son exorbitant train de vie que de demander aux parpaillots qu’il avait lui-même antécédemment chassé de France et qui, entre-temps, avaient fait fortune dans la Cité de Calvin, de lui prêter de grosses sommes. Mais pas question que la combine se sache. C’est donc bien pour cacher les dettes du troisième Bourbon que les caciques de Genève promulguèrent une loi interdisant aux banquiers de la place de divulguer leurs informations à quiconque autre que le client concerné, sauf accords exprès du Conseil de la Ville. Instructif, n’est-ce pas?