La petite histoire des mots

Robot

Georges Pop |  Une majorité de Suisses a paraît-il peur des robots. Les Helvètes ne tremblent pas à l’idée que les machines se révoltent pour prendre le pouvoir et annihiler l’humanité comme le prophétisent passablement d’œuvres de science-fiction. Non! Ils craignent simplement que des androïdes étiquetés « intelligents » ne finissent un jour par leur piquer leur boulot. Selon un sondage publié la semaine dernière, près d’un Suisse sur deux considère qu’il pourrait un jour être chassé de son job par une mécanique bionique plus efficace, plus disciplinée et non revendicative. Seul un tiers des personnes interrogées pense être irremplaçable. Etonnamment le mot « robot » ne nous vient ni du monde de l’industrie ni même de celui de la cybernétique mais… du théâtre. Son « inventeur » officiel est Carel Kapek, l’un des auteurs tchèques les plus importants du 20e siècle, mort en 1938 à l’âge de 48 ans. En 1921, Carel Kapek, qui se fit connaître plus tard en brocardant le national-socialisme, mit en scène à Prague une pièce intitulée « Rossumovi univerzální roboti » (les robots universels de Rossum). Le spectacle décrit l’avenir dans une usine de fabrication d’androïdes dotés d’intelligence et d’une ébauche de sensibilité. Au bout de dix ans, les robots se soulèvent et font disparaître la civilisation humaine. Deux d’entre eux cependant découvrent l’amour et reçoivent le monde en héritage de la part du dernier survivant humain. La pièce fut jouée à New-York en 1922 puis à Paris en 1924. Son retentissement fut tel que le mot « robot » se répandit aussi bien en anglais qu’en français pour désigner des machines anthropomorphes. Le mot « robot » résulte tout simplement du slave « rabot » qui veut dire « travail » ou « corvée » et qui est apparenté à « rab » qui signifie « esclave » en russe. Carel Kapec n’a cependant jamais revendiqué la paternité du mot « robot ». Il a toujours admis l’avoir piqué à son frère aîné Josef qui était lui aussi écrivain mais aussi photographe. Pendant l’occupation allemande, Josef fut déporté pour activités antinazies au camp de concentration de Bergen-Belsen où il mourut en 1945. Lorsqu’on parle de robots, comment ne pas songer encore au grand écrivain de science-fiction Isaac Azimov qui a imaginé les trois lois de la robotique pour permettre à l’humanité d’échapper un jour à la domination de ses créations cybernétiques. Loi une : un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger. Loi deux : un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi. Loi trois : un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi. Lorsque l’on sait que les militaires sont en train aujourd’hui de mettre au point des robots-tueurs capables de choisir leur cible en toute autonomie, on est en droit de craindre qu’un jour, si elles deviennent assez malines, ces machines ne finissent par exterminer tous les humains ; pour enfin vivre… en paix !