La petite histoire des mots

Eté indien

Georges Pop |  L’expression « été indien » est parfois utilisée à tort et à travers pour désigner un intervalle ensoleillé juste après la rentrée scolaire ou au mois de septembre dont les trois premières semaines sont pourtant toujours… en été ! En réalité, un « été indien », selon la définition généralement admise, est une période de beau temps, relativement douce, qui survient régulièrement sous nos latitudes après les premières gelées de l’automne entre le mois d’octobre et de novembre. Le phénomène est d’ailleurs bien connu des météorologues : à l’approche de l’hiver, il peut se passer plusieurs jours à l’approche de deux froides dépressions septentrionales et les alizés tropicaux peuvent en profiter pour une brève incursion. L’expression a fait son apparition d’abord en anglais, en Pennsylvanie, vers la fin du 19e siècle. Après quoi, la formule « Indian Summer » s’est répandue comme une traînée de poudre à travers  tous les Etats-Unis avant d’échouer au Canada où les francophones finirent par l’adopter sous la forme de « été des Indiens ». Mais d’où nous vient cette expression ? A vrai dire, personne n’en sait rien ! En revanche, les hypothèses ne manquent pas. Pour certains, elle est spontanée et il est parfaitement vain d’en sonder les fondements. D’autres prétendent qu’elle tire son origine de l’habitude qu’avaient, en ce moment de l’année, les Indiens d’Amérique du Nord de terminer leurs récoltes et de faire leurs provisions avant la mauvaise saison. D’autres encore affirment que les accalmies météorologiques de l’automne permettaient aux colons européens de poursuivre leurs attaques contre les villages indigènes que les intempéries et les neiges de l’hiver mettaient à l’abri des incursions meurtrières des blancs… Mais ce ne sont là que des suppositions qu’aucune preuve tangible n’est jamais venue étayer. Tant mieux après tout si la formule garde une part de mystère ! On notera encore que jusque dans les années septante, en France, on parlait plus volontiers pour ces brèves résurgences ensoleillées de « l’été de la Saint-Denis » ou encore de « l’été de la Saint-Martin ». Et c’est une chanson qui a popularisé et répandu l’expression dans le langage courant des pays francophones, et au-delà. Coécrite par Pierre Delanoë et Claude Lemesle, « L’été indien », interprétée en 1975 par Joe Dassin, fut un tube mondial et le plus grand succès du chanteur français d’origine américaine. Le single s’est vendu à plus de huit-cent-mille exemplaires rien qu’en France et à près de deux millions dans le monde dans ses diverses adaptations. En voici quelques paroles : « Tu sais, je n’ai jamais été aussi heureux que ce matin-là, nous marchions sur une plage un peu comme celle-ci, c’était l’automne, un automne où il faisait beau, une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique. Là-bas, on l’appelle l’été indien (…). On ira où tu voudras, quand tu voudras et l’on s’aimera encore, lorsque l’amour sera mort ». Avec de telles paroles, que l’on entend encore sur les radios plus de quarante ans après la sortie du disque, comment s’étonner que certains associent désormais l’été indien à un moment terriblement… romantique ?