La petite histoire des mots

Vanille

Georges Pop |  Les grandes chaleurs de l’été qui va bientôt s’achever ont amplement favorisé la consommation de glaces sous les formes les plus variées : cornets, bâtons, gobelets, etc. Trop accaparés à léchouiller, suçoter voire mâchonner leur en-cas réfrigéré, rares sont les consommateurs qui ont remarqué que le prix de ces gourmandises rafraîchissantes avaient, cette année, fait un bond de 20%. Il ne fait guère de doute que cette flambée est due pour une bonne part à la vénalité des producteurs et des détaillants qui ont tiré profit des circonstances pour augmenter leur marge et se remplir les poches. Mais il est vrai aussi qu’une fraction non négligeable de cette majoration est la conséquence de la hausse du prix du lait et surtout de celui de la vanille, qui trône toujours à la première place des arômes les plus prisés par les amateurs de friandises glacées ou pâtissières. Le fait est que cette année la demande en vanille a largement dépassé l’offre, en raison notamment des intempéries qui ont ravagé les récoltes de Madagascar. La pénurie est telle sur le marché qu’en Ouganda, ces derniers mois, des bandes armées ont attaqué et pillé de nombreuses plantations, laissant derrière elles des dizaines de morts. La vanille n’est cependant pas originaire d’Afrique mais d’Amérique. Et son histoire est intimement liée à celle du chocolat. Lorsque les Espagnols débarquèrent au Nouveau Monde, ils s’aperçurent que les guerriers et les nobles Aztèques buvaient goulument une boisson épaisse et amère à base de « xocoatl » (mot qui a donné chocolat) qu’ils adoucissaient avec une épice appelée « tlilxochitl », ce qui signifie « fleur noire ». Les Aztèques n’étant pas de grands botanistes, ils ignoraient que ces « fleurs » étaient en réalité des fruits d’orchidées. Ces deux denrées n’étaient d’ailleurs pas produites par les Aztèques qui les faisaient venir des confins méridionaux de leur empire. Ce sont les Totonaques, un peuple amérindien qui vivait sur les côtes tourmentées de l’est de l’actuel  Mexique, qui avaient le monopole de ce « tlilxochitl » dont ils resteront d’ailleurs les principaux producteurs jusqu’à la fin du 19e siècle. Incapables de prononcer le nom indigène de cette cosse d’orchidée, les envahisseurs lui donnèrent le nom de « vainilla », autrement-dit de « gousse » ; mot lui-même dérivé du latin « vagina » (gaine ou enveloppe) dont est issu, tout le monde l’aura sans doute compris au passage, le français « vagin ». Et puisque nous naviguons en dessous de la ceinture, pourquoi ne pas en profiter pour signaler encore que le mot « orchidée » émane lui du grec « orchis », qui veut dire « testicule » ; le philosophe et naturaliste de l’Antiquité Théophraste qui lui a donné ce nom ayant visiblement été frappé par la ressemblance entre les tubercules souterrains de certaines de ces fleurs et les noyaux asymétriques de ses bourses intimes. Peut-être faut-il d’ailleurs chercher là la raison pour laquelle le prénom Orchidée est rarissime alors que Vanille, bien qu’inusité sous nos latitudes, est plus répandu et se fête le 5 octobre. Ceci encore : en quinze ans, le prix du kilo de gousses de vanille est passé de 55 à plus de 800 francs. Aux Pays-Bas, on commence déjà à la produire sous serre. A l’heure où il est question de « souveraineté alimentaire », une vanille suisse pourrait peut-être un jour rapporter gros …