« La femme en rouge » d’Annik Mahaim

Milka | Nina, jeune fille bien implantée dans son époque, travaille dans une ONG, se déplace à vélo, habite en colocation dans une sorte de squat, s’habille avec du recyclage, a un grand chien qui la suit partout, pas de copain attitré, va dans les manifs.

Doris, une amie de la famille (une vieille cousine) qui s’occupe régulièrement d’elle depuis la mort de sa mère quand elle était encore enfant.

Ce père qui ne parle pas beaucoup, sinon des banalités, mais qui lui confie un jour une boîte pleine de souvenirs de sa grand-mère paternelle qu’elle n’a jamais connue mais qui semble être un personnage. Et c’est de là que part sa quête sur les traces de cette grand-mère dont elle a entendu parler.

Dès ce moment-là, on bascule dans les années 40-50, dans une famille de cheminots, attachés à leur parti et à la pensée unique dispersée par celui-ci. Dans cette famille de 4 enfants dont 3 garçons, Olga a beaucoup de mal à mener sa vie comme elle l’entend. Elle, ce qu’elle aime, c’est l’art, la peinture plus exactement. Elle ne ferait que ça de son temps libre. Elle va une première fois bénéficier d’un coup de pouce de la vie par l’intermédiaire d’une maîtresse d’école qui va très vite se rendre compte de ses capacités et lui enseignera la peinture. Parallèlement, une dame aisée va proposer de lui offrir des études dans une école privée. Mais sous l’autorité de son père, elle doit suivre les réunions des jeunesses du parti, devrait se fiancer à un membre du parti qui a déjà été choisi par son père et ses camarades. Son destin paraît déjà tracé, du moins pour ses proches.

Les conflits avec ce père un peu obtu s’installent très vite et Olga va prendre la poudre d’escampette pour s’installer dans un premier temps chez un de ses frères. La personne qui continue de lui enseigner la peinture va l’encourager à exposer ses œuvres, ce qui la fera rencontrer un galeriste parisien. A partir de ce moment-là, sa vie va prendre une tournure inattendue.

Au milieu de cette visite dans le passé, on revient parfois dans la vie de Nina et de son évolution avec toutes les informations qu’elle récolte dans ce voyage dans le passé. 

J’ai beaucoup aimé ce livre pour plusieurs raisons. Les endroits sont décrits de telle façon qu’on se déplace en même temps que les personnages et pour qui connaît un peu Lausanne, c’est un exercice très agréable. Le parti mentionné, qui existe toujours, n’a pas beaucoup changé. Un camarade assez âgé de ce parti pourrait même reconnaître des camarades dans les personnages cités. Le fonctionnement de ce parti est décrit de telle façon qu’on peut imaginer que l’auteure en a fait partie où alors elle s’est très bien documentée, ce qu’elle précise à la fin du livre. Certains faits historiques ont existé, d’autres pas. Tout se tient, tout est cohérent. Il est difficile de faire la différence entre les faits existants ou pas (merci google) et les personnages nous semblent également familiers. J’ai aimé aussi la mise en parallèle de ces deux destins de femmes qui ont lutté chacune à leur façon pour garder leur indépendance. Et comme le dit le dicton «les chiens ne font pas des chats.» En cette année de la femme, la démarche n’est pas inintéressante. Je n’ai pas de problèmes à les imaginer toutes deux en tête de cortège de la «grève des femmes» le 14 juin.

A nouveau un livre écrit par une femme, de qualité, comme je vous en présente depuis le début de l’année à part une ou deux exceptions. Et je continuerai jusqu’à la grève à souligner le travail des femmes de tous bords.

L’auteure, Annik Mahaim, romancière et nouvelliste, féministe, vit au Mont-sur-Lausanne. Elle a emprunté de multiples chemins d’écritures, chanson, textes pour la scène, journalisme, radio, publications historiques. Lauréate du prix Bibliomedia 1991, Sélection Lettres Frontières 1995.

Elle se consacre actuellement à l’animation d’écriture et au suivi d’auteur.e.s, tout en poursuivant son œuvre de fiction.