«Les Insoumises» – J’ai toujours vécu au bord d’un abîme

«Les Insoumises», Fiction de Laura Cazador et Fernando Pérez Valdés

Colette Ramsauer | En voyant le film de Laura Cazador et Fernando Pérez Valdés, présenté en mars dernier à Genève au FIFDH, on se dit que les temps ont heureusement changé et qu’aujourd’hui la Gay Pride et autres manifestations autour de l’homosexualité et le transgenre ne sont pas plus extrêmes que l’homophobie l’était au moment des faits. Il y a deux cent ans à Cuba, on atteignait l’apogée de la violence faite au femmes, au sexe mal défini et aux gens de couleur. Les deux cinéastes nous offrent un film poignant sur une page sinistre de l’histoire de l’île.

Un procès scandaleux

Le film s’inspire de l’histoire vraie de la Lausannoise Henriette Favez. Les réalisateurs exploitent un terrain mal connu de son séjour sur l’ìle au début du 19e siècle. Mariée à un soldat des troupes de Napoléon, veuve à 18 ans, elle prend alors son destin en mains. A Paris, se faisant passer pour un homme, elle étudie la médecine à la Sorbonne. En 1819, elle part à Cuba à la recherche de son enfant disparu et très vite exerce là-bas sa profession de chirurgien, sous le nom d’Enrique Faber, à Baracoa la capitale d’alors, isolée dans la partie orientale de l’île. Les colons espagnols voient d’un mauvais œil cet homme efféminé qui soigne les esclaves et se marie en 1823 à une des leurs. Lorsque la vérité éclate, elle se retrouve au cœur d’un procès injuste et scandaleux qui marquera l’histoire de l’île. S’il existe des archives, des articles, des romans et une pièce de théâtre sur le sujet, la source la plus crédible restent les archives du procès, trouvées au Tribunal de La Havane. Laura Cazador et Fernando Perez ont fait sur place un important travail de recherche. Pour des questions de logistique, les séquences ont été tournées dans le périmètre de La Havane. Notons que Baracoa se trouve à un jet de pierre de Guantanamo.

Plongée dans l’histoire cubaine

«J’ai toujours vécu au bord d’un abîme» déclare Enrique, à Juana sa bien-aimée. L’actrice Sylvie Testud tient parfaitement le rôle de cette femme courageuse au destin tragique dans le contexte socio-politique cubain de l’époque, alors que la population n’était pas métissée: colonisation oppressante, rébellions d’esclaves et aspirations d’indépendantistes, influences marquées du catholicisme et du vaudou. Laura Cazador et Fernando Pérez Valdés signent un film fort sur la lutte des femmes et des minorités pour les droits. Inconnue en Suisse, Enriqueta Faber est devenue l’icône de la communauté lesbienne, transgenre ou encore des militants antiesclavagistes sur son île d’adoption.

Sylvie Testud (à droite) admirable dans le rôle de Enrique Faber