« Les Gardiennes » – Incarnation manquée des gens de la terre

Les Gardiennes, drame/fiction de Xavier Beauvois

Colette Ramsauer   |  Puisant dans le roman éponyme de Ernest Pérochon, le réalisateur Xavier Beauvois brosse le portrait d’une famille de paysans en France pendant la guerre de 14-18 alors que les hommes sont au front. Les femmes préservent le patrimoine jusqu’à ce que la guerre prenne fin. Dans des paysages bucoliques, entre la plaine niortaise et le marais Poiteron, elles labourent, sèment. Des détails gros comme des maisons entachent la vérité.

Laura fille de …

Elles prennent en main le domaine, s’occupent du bétail et voient arriver la modernisation. N’en déplaise à son papa Johny Hallyday (Laura Smet) Solange n’est pas une travailleuse comme le souhaiterait sa mère (Nathalie Baye) Hortense. Surmenée, la doyenne du Paridier embauche Francine (Iris Bry) orpheline de l’assistance publique. La jeune fille, qui espère trouver là une famille, a toutes les qualités d’une travailleuse, un caractère d’or, une belle voix. Néanmoins, la patronne la mettra à la porte pour sauver l’honneur de la famille. L’actrice Nathalie Baye peine à incarner ce rôle de monstre. Il aurait mieux sied à Isabelle Huppert.

Clichés

Les Bosch, des monstres également. Cela se dit haut et fort, jusque dans les classes d’école du village de Sérigny. Georges (Cyril Descours) un des fils soldats d’Hortense en congé, pourtant rappelle que la plupart des Allemands sont des hommes comme les autres. Les soldats anglophones qui squattent dans la région aussi d’ailleurs. On ne nous l’apprend pas.

Retour des survivants, état des lieux 

Hortense s’est donné les moyens d’acquérir le tracteur et la moissonneuse-batteuse grâce à : travail, perspicacité et à l’aide précieuse de Francine. Au retour des survivants, elle fait découvrir avec fierté aux hommes les engins clinquant neufs dans le hangar… alors que Francine qui a tant donné au domaine chante pour survivre le soir dans les cafés de la région: «Les amours sont fragiles, les serments sont faciles.»

Dissonnances

Le film débute avec Hortense s’affairant dans la cour. Son fond de teint s’arrête net au contour du visage… c’est mal parti pour la maquilleuse. Le cæruleum pétant des volets de la ferme et le flambant neuf des boilles à lait s’ajoutent au trop nickel des habitations. Les semeuses dans les champs rappellent une scénette d’école enfantine, et sur le champ de bataille les soldats de la Grande Guerre font penser aux gars de Daech, barbus. On les croyait moustachus.

Les Gardiennes

Drame de Xavier Beauvois, F/2017, 134’, 10/12 ans

Avec Nathalie Baye, Laura Smet et Iris Bry

Musique originale Michel Legrand

Au cinéma d’Oron à partir du 7 décembre