Histoire d’une thérapie

«Loulou» Documentaire de Nathan Hofstetter 

Colette Ramsauer. |. Diagnostiqué schizophrène paranoïde, le jeune réalisateur Nathan Hofstetter se met lui-même en scène durant une thérapie médicamenteuse. Il entreprend la démarche de fixer des images de sa souffrance et de ses proches, ce qui le mènera sur la voie de la guérison. Une aventure humaine d’actualité portée au grand écran.

Même les plus âpres moments

«Je ne pourrais pas dire exactement comment cela a commencé. Ce dont je me rappelle, c’est d’avoir été sur un tournage, de dormir de moins en moins, de sentir l’angoisse monter, puis un matin, le sentiment très fort d’être une autre personne. Cela s’appelle une décompensation psychotique, mais je ne l’ai appris que plus tard.» Nathan décide alors de filmer, même dans les plus âpres moments, comme au petit matin après une nuit blanche ou lors d’une séance avec son thérapeute. Son œil de Cyclope filme les résidents  rencontrés à l’hôpital, Amélie qui répond par un sourire, une insomniaque qui parle de voyages ou encore le témoignage émouvant d’un ami bipolaire, celui d’un autre qui a pété les plombs et qui s’accroche à la musique. Tous des fragilisés de la vie.

Des parents aimants

Il poursuit son tournage en filmant ses proches. Gros plans sur des parents aimants, leur visage. Sa mère – un soleil – chante face à la caméra Gracias a La Vida; et son père d’une belle voie de basse Ça sert à quoi tout ça. Malheureusement, elle décèdera subitement d’une maladie tropicale avant la fin du tournage. Il ne manque pas de filmer son papi dans les nuages en EMS et sa petite amie, des «loulous que nous sommes tous» qui l’aident à se remettre sur pieds simplement parce qu’ils existent.

Fontaine symbole

Il y a des hauts et des bas. Il n’est pas aisé de suivre le processus de guérison de la maladie. Nathan nous offre en priorité une lecture visuelle, des images intenses de ce qui l’entoure: des êtres, des paysages ou simplement un bijou que son art de cinéaste fait vibrer. Il reconnaît la beauté d’une fontaine végétale dont le suintement est à l’image de ce qui a filtré de lui-même. «Capter des images, c’est mon métier après tout!»

«Loulou» – Documentaire de/avec Nathan Hofstetter, Suisse, 2019, 70’, VF, 16/16 ans – En compétition internationale à Visions du Réel 2019

Au cinéma d’Oron le sa 7 septembre à 20h en présence du réalisateur. Di 8 et ma 10 septembre à 20h

Né à Neuchâtel en 1989, Nathan Hofstetter est diplômé de l’Ecole cantonale d’Art de Lausanne (ECAL). En 2010, il signe son premier court métrage «100km à pied» suivi en 2012 de «Radio-actif» sélectionné à Locarno. En 2013 il tourne «Lui, Hitler et moi Nathan» où l’un se prend pour Jésus, l’autre pour Hitler qui vont se retrouver autour d’un sentiment nouveau : l’amitié. En 2015, «A Killed In A Field» suit des jeunes gens vivant en colocation qui décident de participer à un concours de courts-métrages.