Fêtes des Vignerons 2019

Les experts de la Confrérie des vignerons

Les neuf experts de la Confrérie: de gauche à droite, Philippe Brunner, Frédéric Blondel, Pascal Fonjallaz, Anne-Catherine Ruchonnet, François Chappuis, Louis Blondel, Patrick Deppen, Michel Neyroud et Claude Maret

Propos recueillis par Christian Dick. |. Pascal Fonjallaz et Frédéric Blondel sont experts à la Confrérie des vignerons. Pascal est vigneron à Epesses depuis 4 générations, la famille de Frédéric est établie depuis 1921 à Cully. Ils sont neuf experts en tout, les autres étant Philippe Brunner, Claude Maret, Patrice Deppen, François Chappuis, Michel Neyroud, Anne-Catherine Ruchonnet et Louis Blondel. Les neuf experts travaillent sur sept secteurs et ils se trouvent au pied du Domaine des Doges dont les vignes appartiennent à la Confrérie des vignerons.

En quoi consiste la tâche d’expert?

Elle implique trois visites par saison selon un cahier des charges précis. La visite de printemps a lieu en avril, celle d’été en juillet et celle d’automne en septembre. La première visite permet d’évaluer la taille, la formation du cep, l’attache des branches à fruits, la tenue du cep, l’alignement, l’entretien du sol, la maîtrise de l’herbe, la lutte contre l’érosion, la santé du cep, la signalisation des parcelles. La deuxième visite consiste à vérifier le remplacement, l’ébourgeonnement, les autres soins au cep, l’entretien du sol, l’équilibre de la plante ainsi que les ravageurs et accidents. La troisième et dernière visite permet de noter le rognage et l’écimage, les maladies, les ravageurs, les accidents et carences, l’entretien du sol et la maîtrise de la récolte. Les experts distribuent des notes de un à six, le six étant la meilleure.

Quel volume de travail cela représente-t-il?

En tout, 289 hectares répartis entre 94 vignerons-tâcherons soumis à la visite par la Confrérie des vignerons. Cela représente 597 piquets. Chaque expert visite entre 60 et 80 piquets. Le piquet porte un numéro et indique le nom du vigneron-tâcheron, celui du propriétaire, le numéro de la parcelle, la surface et le degré de la pente.

Comment se déroulent les visites?

Nous visitons les parcelles. Chaque visite dure deux jours. Le matin avant la visite, tous les experts se mettent au diapason en effectuant une visite commune. Nous notons nos appréciations et les commentons ensuite afin d’être tous sur la même longueur d’onde. Chaque expert est accompagné d’un membre de la Confrérie, mais il n’influence pas notre jugement.

Comment se passe une évaluation?

Durant la saison, l’expert visite toujours les mêmes secteurs, sept en tout, mais il évite sa région. Une rotation a lieu chaque année. L’évaluation a lieu selon le cahier des charges et le soin qu’apporte le vigneron-tâcheron à sa vigne. La meilleure note est six. La plus mauvaise à ce jour a été une seule fois un 1.

Peut-il y avoir contestation?

L’expert justifie sa note par une décision qu’il soumet au vigneron-tâcheron, à la Confrérie et au propriétaire. Le vigneron dispose d’une semaine pour faire recours.

Comment les distinctions sont-elles remises aux vignerons-tâcherons méritants?

La Confrérie organise des triennales. Ces cérémonies durant lesquelles les médailles d’argent, de bronze et les distinctions sont distribuées ont lieu tous les trois ans. La médaille d’or n’est remise que lors de la cérémonie du Couronnement de la Fête des vignerons, donc tous les vingt à vingt-cinq ans. C’est dire toute l’importance de cet événement qui aura lieu le 18 juillet à 11 heures. Le ou les médaillés reçoivent une couronne à cette occasion. La cérémonie sera ensuite répétée lors de chaque spectacle par un petit couronnement durant lequel cinq experts joueront leur propre rôle.

La Fête des vignerons, qu’a-t-elle de particulier?

Elle met à l’honneur le métier de vigneron-tâcheron. Elle récompense le ou les meilleurs par une médaille d’or une seule fois seulement par génération. D’autre part, nos costumes d’experts se ressemblent, mais chacun a sa particularité, comme d’ailleurs tous les 5600 autres costumes. 

A titre personnel, que vous apporte ce travail?

De voir autre chose, de rencontrer des propriétaires, d’autres vignerons, d’observer leur manière de faire, d’assister à une autre dimension de la viticulture. Nous échangeons aussi mutuellement notre savoir-faire. La formation dure deux ans. C’est du plaisir, une excellente motivation, beaucoup de convivialité et un apprentissage permanent.

Et l’écologie?

Le métier a beaucoup évolué, indépendamment des modes. Les directives changent à peu près tous les 20 ans. La manière de travailler suit. La terre ne va plus au lac. On admet que l’herbe retient les sols, encore faut-il la faucher. Le cahier des charges est plus sévère. Beaucoup de contraintes écologiques touchent tous les vignerons. Il n’y a plus de poison dans les vignes, même chez ceux qui ne sont pas bio. Nous utilisons des produits phytosanitaires respectueux de l’environnement. En fait, en travaillant normalement selon nos critères, nous produisons plus bio que la plupart des vins bio en provenance de l’étranger.