Fête des Vignerons- Les chroniques de Bacchus

Des profondeurs des caves montent parfois quelques secrets…

Bacchus |  En 1981, Sadate meurt assassiné par les frères musulmans. Des affrontements éclatent entres coptes et musulmans, Moubarak devient président et restaure le pluralisme. Georges Brassens décède à l’âge de 60 ans des suites d’une longue maladie. Ronald Reagan échappe à un attentat et la France se prépare à un long septennat sous François Mitterand. On regarde en direct le mariage du Prince Charles avec Lady Diana. Les cinéastes René Clair et Abel Gance disparaissent du grand écran. Le Prix Nobel de la Paix est attribué au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. On voit que, globalement, rien n’a changé. Plus près de chez nous, l’initiative «Etre solidaires en faveur d’une nouvelle politique à l’égard des étrangers» est acceptée par près de 84% des votants. Le projet supprimait entre autres le statut de saisonnier et mettait un frein à l’immigration. Là aussi, on voit l’efficacité de nos dirigeants… Allez comprendre pourquoi on continue à voter. Plus près de chez nous, Jean-Pascal Delamuraz est élu au Conseil d’Etat et on se met à l’heure d’été. Pour faire comme les autres. Le Conseil fédéral désigne le Cantique suisse comme hymne national. Là aussi, on connaît la suite. En 1981, on ne parlait pas encore politiquement correct. On appelait un loup un loup, un mouton un mouton. Pas ceux peints en bleu de la fête des Vignerons de 99, ceux des réseaux sociaux qui relaient une fake news et bêlent sans en vérifier l’authenticité. Bon, tout ça pour vous dire que l’Olma, la dernière vraie foire de Suisse (après celle de Martigny évidemment!) reçoit après le canton de Vaud l’an dernier comme invité d’honneur les nobles Confréries des Vignerons et du Guillon ainsi que les Pirates d’Ouchy, tous grands amateurs de chasselas, c’est dire qu’on m’y a incidemment convié!

Et dire qu’on m’aura évincé en 2020. J’en reviens toujours pas

En 1981 donc, la récolte a été maigre et le vin correct. Un vigneron, hélas genevois, sort une étiquette et la colle sur sa production. On m’y voit entouré de belles bacchantes. La réalité n’est pas aussi joyeuse puisque je sors peu à peu du cadre entourant le paysage. Mais en 1730, j’ouvre la parade de l’Abbaye des Vignerons comme première divinité antique et ouvre l’ère des divinités gréco-romaines, une des clés du succès des prochaines Fêtes. Sous le voile flatteur de l’allégorie, le public découvre les bienfaits de la terre et la peine de ceux qui la travaillent. On a pu observer en 1977 les deux faces de Janus, le dieu masqué qui constate l’ouvrage accompli et découvre les promesses à venir. Cette même année, alors même que paradaient encore les divinités antiques, Henri Deblüe introduisit les symboles christiques de la vigne et du vin. Il dira dans l’Est Vaudois du 30 juillet 1977: «Dans la fête d’un peuple qui a une immense tradition biblique, et dont la vigne a été plantée par des moines, il me semblait curieux que cette symbolique ne soit pas apparue.» Le librettiste fait alors descendre le jus de la vigne dans les caves et le ressort transfiguré en vin, le vin nouveau qui annonce Pâques. Alors, qu’annonce donc cette prochaine Fête? A quel symbole nous ouvrira-t-elle l’esprit? A la pose de plots en béton anti-terroristes? A un renouveau simplement festif du labeur du vigneron? Des profondeurs des caves montent parfois quelques secrets… pour la prochaine fois.