Femmes atypiques – Il ne faut pas lui raconter des salades…

Cette semaine, j’ai rencontré une agricultrice, Laetitia Roset, qui gère le domaine «Les jardins du Closy» secondée par sa maman. 

Laeticia Roset et sa mère Christiane

Propos recueillis par Monique Misiego. |. Laetitia, quel était le métier que vous vouliez faire quand vous étiez petite fille ? et pourquoi ce métier ? Dès l’âge de 6-7 ans. Je m’en souviens très exactement: je descendais la rampe devant chez nous avec mon papa, c’est à cet instant que je me suis dit que je voulais être agricultrice. Mon père avait du bétail dans les années 90, mais comme cela ne correspondait plus aux normes, il s’est dirigé vers le maraîchage. A ce moment-là dans les fermes, c’était les femmes qui allaient vendre leur surplus de légumes au marché.

Avez-vous eu des difficultés à trouver un apprentissage ? J’ai fait une école d’horticulture pendant 4 ans donc le problème ne s’est pas posé. Ensuite, je suis partie faire un CFC de maraîchère à Lulliez car il n’y avait aucune formation de ce genre sur Vaud.

Avez-vous rencontré des difficultés au niveau physique pour exercer votre métier ? Non, j’ai toujours trouvé des combines pour me débrouiller toute seule. Mais j’ai un ouvrier qui travaille avec moi. Quand j’embauche une personne, je m’oriente vers un homme pour qu’il puisse assurer les travaux plus difficiles. Je suis exigeante avec mes ouvriers mais ce que je leur demande, je l’ai fait moi-même dans un premier temps, donc je connais la difficulté du travail. Et si je rencontre une difficulté insurmontable pour moi, je peux m’appuyer sur des voisins agriculteurs qui ne me refusent jamais un coup de main.

Avez-vous été victime de préjugés ou avez-vous essuyé des remarques sexistes ? Il y aura toujours une ou deux personnes qui feront des remarques mais c’est une minorité. Les représentants essayaient de me faire acheter certaines choses en pensant que je n’y verrai rien. Mon papa est décédé en 2014. Je travaillais déjà avec lui, nous étions associés, puis j’ai dû reprendre la ferme à son décès. Nous avions déjà une clientèle, nous faisions déjà les marchés à Vevey le samedi. Mais quand j’ai dû prendre la remorque la première fois et m’engager sur la route qui mène à Vevey, je n’en menais pas large. Mais nous avons toujours eu du soutien tant de la part de nos voisins de stands au marché que de nos voisins tout court sur notre lieu de travail.

Est-ce qu’il y a une différence de traitement entre vous et vos collègues masculins ? J’ai dû me faire admettre mais quand on me voit arriver les mains sales et le pull plein de cambouis parce que j’ai mis les mains dans la mécanique pour dépanner une machine et que je sais exactement quelle pièce il me faut, alors là je sens le respect. Au niveau de mes ouvriers agricoles, ce fut parfois difficile avec certains à cause de leur culture. Mais je leur fais comprendre dès le début que je suis la patronne et qu’en cas d’absence, ma mère me seconde, et en principe ça se passe bien. 

Et au niveau des clients, ça se passe comment ? Là, il n’y a aucune différence. Les restaurateurs qui représentent une grande partie de notre clientèle recherchent la qualité. Que cette qualité soit produite par un homme ou une femme c’est bien égal. 

Que pensez-vous de la situation des femmes aujourd’hui ? J’ai parfois l’impression que certaines femmes se regardent le nombril. Il faut qu’elles se bougent pour obtenir ce qu’elles veulent. Je suis aussi dubitative quand certaines veulent avoir plusieurs enfants et faire carrière. Dans mon cas, je privilégie mes enfants, mais mon métier me permet une certaine souplesse dans les horaires, donc je peux les accompagner à l’école, être là pour les devoirs etc. Je pense que la société est devenue très individualiste, y compris au sein des familles.

Pensez-vous qu’il y a encore du travail ? Bien sûr, ne serait-ce qu’au niveau des violences conjugales. Mais je pense qu’en Suisse, une fille peut choisir le métier qu’elle veut faire, a une totale liberté pour suivre des études, etc. Ce n’est pas le cas partout.

Etes-vous au courant qu’il y aura une grève des femmes en Suisse le 14 juin 2019 ? J’en ai vaguement entendu parler mais je n’y participerai pas. Par contre, je comprends tout à fait certaines de leurs revendications.

Quelles revendications vous paraissent primordiales ? L’égalité salariale en premier et la fin des violences domestiques.

Les jardins du Closy

Tél. 079 253 55 43

Marché à la ferme mardi matin 

de 8h à 12h et vendredi après-midi 

de 15h à 18h30

Marché de Vevey (La Tour-de-Peilz 

pendant la Fête des vignerons) le samedi matin

Journées «Portes ouvertes» le 2 juin 2019