Entre ciel et terre

Avec le réchauffement climatique, certains glaciers pourraient disparaître de nos sommets

Glacier d’Aletsch vers 1860
Confluence des glaciers de Mittelaletsch et d’Aletsch,1860
Glacier d’Aletsch vu depuis le sommet de l’Eggishorn

Gérard Bourquenoud | Si le Népal est le pays des plus hauts sommets du monde, la Suisse est le plus riche en glaciers. Le plus grand de tous se nomme Aletsch dans le canton du Valais. Ce fleuve de glace le plus imposant des Alpes de notre pays est situé à plus de 4000m d’altitude. Il s’étend sur une longueur normale de 24,7 km pour une surface de 86,76 km2.
Sa masse totale de glace est estimée à 27 milliards de tonnes. Si elle venait à fondre, elle pourrait alimenter tous les habitants de la Terre durant près de cinq ans à raison d’un litre d’eau par jour. Depuis plus d’un siècle, ses mouvements sont étroitement surveillés et mesurés, ce qui nous indique qu’il a reculé chaque année. Entre 1860 et 2000, il a régressé de 3,6 km et a perdu 16% de sa surface. Avec le réchauffement climatique que nous connaissons depuis une décennie, il s’est encore rétréci et pour éviter qu’il ne disparaisse à long terme, les géologues comptent sur des chutes de neige aussi abondantes que celle de l’hiver dernier et que la chaleur estivale soit moins tropicale à l’avenir. Vu l’inquiétude qu’il suscite, des scientifiques se bousculent au chevet du glacier d’Aletsch et de tous les autres. Certains tentent de les couvrir avec des bâches durant l’été pour les protéger des UV, alors que d’autres s’affairent à examiner au quotidien les repaires de ces forces surnaturelles, car la menace d’une catastrophe peut devenir prévisible si la glace ne demeure pas cohérente, nous a précisé un nivologue. L’altitude du fond glaciaire d’Aletsch dépasse les 1500 mètres, ce qui représente un immense fleuve de glace et une quantité d’eau difficile à imaginer. Entre 1450 et 1750, l’Eglise a été appelée à maintes reprises pour protéger la population des débordements des glaciers. En 1644, alors qu’un glacier se dégradait et menaçait de descendre dans la vallée de Chamonix, Charles de Sales, évêque auxiliaire de Genève, organisait une procession avec 300 personnes et parvint provisoirement à apaiser le glacier… Il y a plus d’un siècle, même miracle à Naters, en Valais, à la demande des habitants, une procession et un exorcisme exécutés par deux jésuites, ont calmé la volonté envahissante du glacier d’Aletsch. II faut savoir qu’au cours de l’histoire, la population menacée par une coulée de glace fondante, a souvent invoqué les dieux pour que les glaciers ne déferlent de la montagne et provoquent une catastrophe. Rarement l’inverse… Que de touristes et célébrités sont déjà venus du monde entier, attirés par ce site exceptionnel qu’ils découvrent grâce au train du Jungfraujoch qui atteint l’altitude de 3454 mètres, gare terminale la plus élevée d’Europe. Tous considèrent ce glacier comme une monumentale œuvre d’art glaciaire, pour ne pas dire un chef-d’œuvre alpin dont la splendeur au soleil les fait pleurer! Entouré d’une dizaine de sommets de plus de 4000 mètres dont la Jungfrau, le glacier d’Aletsch comprend quatre bassins d’accumulation offrant un panorama époustouflant. Ce joyau de glace est, depuis 2001, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.