Châtillens – Passion et mini-shetlands

Ecurie du Châti et Pascal Troyon, c’est 27 ans de plaisir

Rosane Schlup. |. Lorsqu’il s’est rendu au Comptoir suisse, il y a de cela 27 ans, avec sa fille, alors âgée de 4 ans, Pascal Troyon, personnage bien connu à Châtillens et aux alentours, ignorait qu’en visitant les écuries avec sa petite, mordue de chevaux, c’est lui qui tomberait sous le charme d’une ponette destinée à l’abattoir.

Début d’une passion 

En devenant l’heureux nouveau propriétaire de la ponette, son histoire de vie autour et avec des poneys commençait ou plutôt recommençait…

Des poneys, dans sa vie d’enfant, il en avait côtoyé et même deux. Parfois l’histoire se répète et on croit que c’est le fruit du hasard. Il faut croire que non, puisque ce fut sans hésitation aucune, que sa décision fut prise. Il faut dire que même s’il s’en défend, sous sa carapace, se cache une âme de sensible. Il aime les animaux et surtout… les siens. Comme la loi fédérale ne permettait plus d’avoir un seul équidé, il n’a dès lors, mis que trois jours à trouver et à en acheter un second. Un shetland justement. Le plus dur pour lui, comme il le dit en riant, n’était pas tant de trouver une écurie pour loger ses nouveaux protégés, mais plutôt d’annoncer ses coups de cœur à sa femme. Elle allait devoir composer avec cette nouvelle passion. Cela, elle l’a compris, accepté, partagé et laissé vivre. Aujourd’hui, il lui en est infiniment reconnaissant. Cette passion demandait du temps, de l’énergie, de la disponibilité et allait prendre beaucoup de place dans leur vie.

De petit à mini

C’est lors d’un voyage en Ecosse qu’il tombe vraiment fou amoureux de la race des mini-shetlands et qu’il se lance alors dans leur élevage. Sont considérés comme mini-shetlands, les chevaux shetlands dont la taille au garrot n’excède pas 86 cm. La race, originaire du nord de l’Ecosse, doit sa petite taille à son adaptation au biotope rigoureux de ses îles originelles. Dans les années 1850, c’était dans les étroites galeries minières de charbon anglaises que ce petit cheval était exploité, car le travail et l’utilisation des enfants avait été banni et proscrit.  En sélectionnant et en croisant les petits sujets entre eux, la race des mini-shetlands est apparue. Ces petits chevaux peuvent être montés par des tout-petits et sont souvent utilisés dans des cirques. Ce sont de vrais petits clowns agiles et craquants, qui ont néanmoins un caractère bien affirmé, malgré leur petite taille. Ce ne sont pas non plus des jouets et ils vivent longtemps. Comme ce sont de vrais gourmands, il faut faire attention à surveiller leur nourriture, car  avec l’âge, l’embonpoint les guette, surtout s’ils sont inactifs. «Un peu comme nous!» s’en amuse notre éleveur châtillannais.

De Châtillens… à… Châtillens

C’est comme ça que cette passion a pris essor dans les locaux de l’ancienne porcherie de Châtillens, derrière la laiterie, locaux qui ont été investis pendant plus de 21 ans. Le cheptel a grandi peu à peu. Lors de la vente des locaux, Pascal Troyon a été obligé de trouver un autre endroit. Pas trop loin, finalement,  puisqu’ il est allé juste de l’autre côté de la route. Là où, dans un temps désormais révolu, les paysans amenaient leurs juments à saillir sous l’œil vigilant d’un étalonnier. L’endroit n’étant plus utilisé comme station de monte, c’était un endroit parfait pour permettre à ses chevaux d’être logés, moyennant quelques modifications pour adapter les boxes et les infra-structures à la taille des shetlands. Les chevaux se sont adaptés et habitués au passage des trains tout proches. Cela a été, finalement, un atout plus qu’un inconvénient. Cela a renforcé leur sociabilisation. Ils n’ont pas peur des bruits environnants.

Petite écurie, grands prix

Comme il fallait trouver un nom pour son élevage, Pascal Troyon l’a appelé « Ecurie du Châti». A en voir ses récompenses, ses flots, ses plaques, ses coupes, le nom de l’élevage lui a porté chance, mais pas seulement, sur les shetlands, leurs couleurs de robes, leur caractère, leur morphologie, Pascal Troyon en connaît un rayon. Il a beaucoup potassé, beaucoup appris autour de cette race. L’accumulation de ses connaissances et de son expérience, fait qu’il fonctionne comme juge lors de concours, pour évaluer les minis. Il ne juge jamais les siens, laissant cette tâche à d’autres et jamais sur ses terres. Cela l’amène ainsi parfois à concourir à l’autre bout de la Suisse. C’est toujours avec fierté qu’il voit ses animaux récompensés. Cela justifie les efforts consacrés et le sourire de sa petite-fille en dit long sur l’indice de satisfaction obtenu. Cela vaut toutes les coupes du monde.

Un royaume pour un cheval

Comme il le dit lui-même, il a beaucoup appris. Sur les bêtes, sur les gens aussi. Chaque naissance est à chaque fois une  grande joie. La preuve avec le petit dernier, né il y a un petit mois, qui  gambade dans le pré aux côtés de sa maman, apprend les mouches et tète goulument en toute insouciance. Pascal Troyon aime le regarder évoluer. Le plaisir est là, à chaque fois. Il a pu vivre toutes ces années de passion pour ses poneys, un peu en égoïste. Aujourd’hui, à 63 ans, il se dit qu’il va lever un peu le pied. Il aimerait trouver une maison qui convienne à sa femme, avec juste une petite écurie attenante et un terrain pour 3 ou 4 protégés. Ça, ça serait le rêve dans un avenir proche. Shakespeare l’avait dit avant lui : « Un royaume pour un cheval ». Pascal Troyon, lui, cherche juste un royaume pour un, deux, trois, quatre chevaux. On ne lâche jamais totalement une passion et puis, dans cette histoire-là, il y a quelque chose qui se répète à nouveau et qui le réjouit. Sa petite-fille de presque 4 ans est, elle aussi, mordue de chevaux…