Bacchus: Les Dieux antiques sont froissés

Le débriefing

Bacchus |  Ainsi donc, la Confrérie des Vignerons boucle ses comptes avec un trou provisoire de 16 millions. Ce n’est pas un manque à gagner. C’est une somme qu’il faudra sortir de quelque part. N’était-ce pas un peu prévisible?

Daniele Finzi Pasca nous a snobés, nous les divinités antiques

On nous aime bien pourtant. En témoignent les lecteurs qui ont exprimé leur déception dans différents courriers. Trop de modernité nous éloigne de la tradition. Et qu’est-ce qu’une tradition sinon une réussite qui dure?

Après le printemps aux couleurs vives de Palès, la belle et blonde Cérès incarne superbement l’été. Et moi, en automne, je donne du goût à la vendange, de l’atmosphère. Nous servons non seulement à étoffer la Fête, mais aussi à rappeler les origines du travail de la terre. Et puis, nous n’étions pas les seuls à avoir été écartés. Les Cent Suisses que la Confrérie est parvenue à sauver se sont donnés eux-mêmes leur chorégraphie puisque l’antimilitariste Daniele s’y est refusé. Les vaches aussi ont eu droit à l’ire du grandissime concepteur. C’est que, voyez-vous, elles ne fonctionnent pas comme une lampe LED, avec une position off ou on.

Parlons-en, de ce plateau unique au monde avec ses 783m2 composés de 3200 éléments! Daniele a promis des images fulgurantes, tellement impressionnantes qu’elles resteraient gravées dans la mémoire des spectateurs pour longtemps. On en a donc tellement parlé que les spectacles diurnes ont été boudés. 60’000 billets non vendus au prix moyen de Fr. 200.- font 12 millions. Et puis, fallait-il en semaine introduire un spectacle à 11h et ne laisser au public que le choix de prendre un jour complet de vacances?

Daniele a eu ses LED mais ne voulait ni d’un soliste, ni d’un messager, ni d’un librettiste. Le grand-père qui conduit la petite Julie a reçu son texte un mois avant le début des représentations, lui qui passe du tableau de la Longue Nuit d’hiver sans autre transition que les Tracassets pour parvenir aux Trois Soleils d’automne. Des vignerons souhaitent qu’on en explique le sens, Daniele en veut un spectacle motorisé.

Même si la Fête fut belle…

… Et elle l’a été, elle laisse un goût amer aux organisateurs qui ont souvent dû céder à ses volontés. Pour certains figurants et chanteurs aussi, qui ont vu leur tableau amputé de beaux morceaux. Des poèmes ont été écrits pour meubler la scène. Non l’inverse. Et puis, il n’est pas venu seul. Sa grande famille l’accompagnait, jusqu’au délégué à la communication. Tout cela a un coût. Et si Daniele était le fossoyeur de la Fête des vignerons? Magnanime et désintéressé, je n’irai pas si loin. La Fête fut belle, les figurants heureux! Des personnes handicapées y ont été intégrées avec bonheur. Mais voyez-vous, le figurant est si content de la faire, cette Fête, qu’il en parle deux ans à l’avance et la vivra peut-être encore dans vingt ans. C’est que, sous l’arène ou sur le plateau, dans les caveaux ou dans le train, il y avait du bonheur, Daniele ou pas.

Jamais non plus Vevey-la Jolie n’a été aussi propre, aussi accueillante. Mais laisser les Terrasses vides trois mois, n’est-ce pas un sacrilège? Il y a de la pauvreté dans ce beau pays. Condamner cet emplacement exceptionnel, ce site magnifique, est un luxe de riche.

Si la Confrérie a cédé à la modernité, reconnaissons-lui son mérite. La Fête fut belle, la musique aussi, Ville en Fête a connu un réel succès, les figurants furent heureux. Je le dis sincèrement, aussi un peu pour qu’elle ne nous oublie pas dans vingt ans, nous les divinités aimées du public qui ne coûtons rien. Rappelons-nous Janus et ses deux visages, lui qui étendait en 77 son regard sur l’ouvrage accompli et devinait les promesses à venir. Qu’il prédise alors notre retour dans vingt ans!