Avion

Georges Pop  |  Alors que le controversé décret anti-immigration de Donald Trump a semé passablement de troubles dans les aéroports et parmi les compagnies aériennes, il y a là une occasion de se souvenir que le mot avion était à l’origine un nom propre. Il a été imaginé par un pionnier français de l’aviation, l’ingénieur Clément Adler. Entre 1890 et 1897, cet inventeur de génie bricola trois aéroplanes – comme on les appelait encore – dotés d’ailes de chauve-souris et d’hélices sommaires qu’il baptisa respectivement L’Eole – Avion I, Le Zéphyr – Avion II et Aquilon – Avion III, en s’inspirant du latin avis qui veut dire oiseau. Les coucous d’Adler ont-ils volé ? La question reste ouverte ! Lui a prétendu que l’un des trois a lévité sur 300 mètres mais, faute de témoins, il n’a pas été cru. Il est cependant certain que ses machines ont fait au moins plusieurs bonds, à la manière d’un poulet hystérique. A défaut d’être entré dans l’histoire pour le premier vol authentifié d’un plus lourd que l’air – honneur concédé en 1903 aux frères Orville et Wilbur Wright – Clément Adler est unanimement reconnu aujourd’hui comme le père du mot avion qui s’est généralisé pendant la première guerre mondiale pour désigner un aéroplane. Il est cependant intéressant de noter que le mot aviation et antérieur à avion. Il est apparu en 1863 déjà dans un ouvrage intitulé Aviation ou navigation aérienne sans ballon, signé de la plume d’un autre Français, Gabriel de La Landelle, marin de son état, mais que le ciel finit par attirer plus que la mer. Il imagina le mot aviation à partir également du latin avis avec le suffixe -ation. Adler a-t-il plagié de La Landelle ? Peut-être ! Quoi qu’il en soit, il est amusant de constater que avion appartient à la même famille que aviaire, avicole et aviculture qui – pour ce dernier mot – définit l’élevage des poules, des oies et des canards qui, comme de nos jours les passagers de certains avions, étaient il n’y a pas si longtemps «élevés»… en batterie !