Y a pas que les hommes qui roulent des mécaniques

Nouvelle rubrique : Femmes atypiques 

Chaque semaine jusqu’au 14 juin, date de la grève des femmes dans toute la Suisse, nous vous présentons une femme particulière, ou d’exception, qui s’aventure un peu hors des clous, ou qui fait quelque chose pour les autres, ou dont le parcours est atypique.

Propos recueillis par Monique Misiego

Virginie, quel était le métier que vous vouliez faire quand vous étiez petite fille?J’ai su très tôt que je voulais faire ce métier. A 4 ans déjà, lorsque ma grand-mère me proposait des poupées, je les donnais à ma sœur et ne m’intéressais qu’aux petites voitures.

Pourquoi ce métier?Enfant, j’adorais démonter les choses pour savoir comment cela fonctionnait, tout ce qui était technique m’intéressait. C’est un métier qui touche beaucoup de choses. La mécanique, mais aussi les produits toxiques, le droit de la circulation, les normes d’homologation, l’administratif. C’est très varié, on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Avez-vous eu des difficultés à trouver un apprentissage?Non pas du tout. J’ai fait une demande de stage, qui a immédiatement débouché sur un contrat. Je crois que ce patron a détecté immédiatement mon intérêt et ma passion pour ce métier.

Avez-vous rencontré des difficultés au niveau physique pour exercer votre métier?Non, de par ma corpulence, ça ne m’a jamais posé de problème. Et s’il fallait déplacer un moteur de 150 kilos, je demandais de l’aide comme mes collègues masculins.

Avez-vous été victime de préjugés ou avez-vous essuyé des remarques sexistes? Ça m’est arrivé une fois en début d’apprentissage, un collègue masculin s’est moqué de moi parce que j’étais une fille. Je lui ai cassé le nez et ça a mis tout le monde d’accord. Quant aux préjugés, je n’en ai pas rencontré, ma famille m’a toujours soutenue dans mes choix, mon père m’a donné un seul conseil «sois contente d’aller travailler tous les matins.»

Est-ce qu’il y a une différence de traitement entre vous et vos collègues masculins? Non aucune, dans le milieu, du moment que vos collègues vous sentent capable, ils vous font confiance et la différence de sexe est très vite oubliée. Comme nous sommes des spécialistes de la marque Honda, j’ai souvent des collègues qui me téléphonent de toute la Romandie pour des renseignements. Idem pour la révision des moteurs ou des boîtes à vitesse dont nous nous sommes faits une autre spécialité. J’ai deux employés sous mes ordres, masculins, et tout se passe très bien.

Et au niveau des clients, ça se passe comment?J’ai des clients qui me suivent depuis 22 ans donc je n’ai pas de souci. J’ai un penchant pour la pédagogie, donc j’aime expliquer au client ce que je vais faire sur sa voiture, avec internet comme support par exemple ou une feuille et un crayon pour leur dessiner les pièces. Du côté des dames, elles apprécient que je prenne le temps de leur expliquer les choses, et se sentent en confiance. 

Au niveau des salaires dans la branche, est-ce qu’il y a égalité?Oui tout à fait, la branche est régie par une convention collective qui a fixé un salaire minimum qui est identique pour tout le monde. Ensuite, l’expérience peut influencer une hausse de salaire.

Que pensez-vous de la situation des femmes aujourd’hui?Elle a beaucoup évolué. Je dois dire que j’étais la première femme mécano du canton. J’ai ensuite fait un autre apprentissage de mécanicien poids-lourds. J’ai eu un prof qui prenait du plaisir à m’apprendre parce je montrais que j’en voulais et je savais pourquoi j’étais là. Mais je sais aussi que si nous en sommes là aujourd’hui, c’est parce que nos mères et grands-mères se sont battues pour gagner leur indépendance. Quand on sait que le droit de vote en Suisse n’a été accordé aux femmes que depuis 1971 au niveau fédéral, ça fait réfléchir. 

Pensez-vous qu’il y a encore du travail?Bien sûr, ne serait-ce que pour garder ces acquis. Les femmes doivent souvent assumer une double journée. Elles ont gagné le droit de travailler mais de l’autre côté, cela leur inflige une charge mentale démesurée pour tout gérer. Les femmes sont d’excellentes gestionnaires parce qu’elles peuvent mener plusieurs tâches en même temps.

Etes-vous au courant qu’il y aura une grève des femmes en Suisse le 14 juin 2019?Non, je ne savais pas mais je pense que c’est bien. Si les femmes ont des revendications à exprimer, comme par exemple l’égalité salariale qui fait l’objet d’une loi qui n’est pas respectée, je trouve très bien qu’elles le fassent savoir.

Quelles revendications vous paraissent primordiales?L’égalité salariale en premier, le respect des femmes au même titre que les hommes et le choix de n’importe quel métier pour tout le monde, homme ou femme.