Vulliens – Hommage à Jeannine Chappuis

Il reste encore à nos oreilles et à nos souvenirs, ses réparties, sa bonne humeur et ses rires

Jeannine Chappuis en décembre 2018

Martine Thonney | La jolie chapelle de Vulliens était remplie le mercredi 20 mars. On y célébrait l’adieu à une citoyenne du village, Jeannine Chappuis. La famille, les amis, les voisins et les  nombreuses connaissances avaient fait le déplacement. Chacun avait dans le coeur ou la tête une image de Jeannine et le portrait qu’en a dressé Bertrand Quartier, diacre de la paroisse, en a fait sourire plus d’un. Les propos d’une de ses petites-filles firent monter à la surface des aspects connus ou soupçonnés de cette forte personnalité. Il faut dire que Jeannine était de ces gens qu’on n’oublie pas, tant sa jovialité, son franc-parler et sa générosité étaient sa marque de fabrique.

Elle venait de Suscévaz, village du Nord vaudois et y était née le 31 mai 1927, 4e enfant de la famille Charles qui en comptait cinq. Après sa prim’sup, elle partit une année comme le voulait la tradition, en Suisse alémanique, à Rohrbach plus précisément. Elle rêvait d’apprendre le métier de cuisinière, mais son papa trouvait qu’elle était plus utile à la campagne, surtout en ces temps de fin de guerre mondiale. Et là encore, la tradition voulait que les jeunes obéissent… A Mathod, village voisin, il y avait un apprenti charron natif du Jorat qui ne la laissa pas indifférente. Ce Raymond Chappuis fut très vite conquis et le père de Jeannine, cette fois-là, n’eut pas le dernier mot. Les deux amoureux décidèrent de se marier au temple de Mézières en hiver 1953. Raymond, son CFC en poche, avait eu l’opportunité de reprendre à Mézières l’atelier et du coup l’appartement du charron local, Aloys Degex. Cette maison, démolie il y a quelques années pour faire place à des immeubles se trouvait au chemin du Crêt. Raymond, minutieux, aimant le travail bien fait, avait beaucoup d’ouvrage dans le village et les environs, mais c’est Jeannine qui «courait après les factures», si elle voulait faire bouillir la marmite! 

En 1956, le couple acheta une maison à Vulliens, proche de la maison familiale de Raymond. Le Pâquis fut un véritable refuge où les enfants Chantal, Josette puis Jean-Philippe ont vécu. Le métier de charron se perdant avec l’arrivée des nouveaux engins agricoles, Raymond fut nommé employé communal à Vulliens et ainsi se mit au service de son village; Jeannine de son côté fut la gardienne du foyer. En plus de ses propres enfants, elle accueillit plusieurs jeunes placés par le SPJ dans cette «famille d’accueil», qui devint à tous, leur famille tout court. Elle s’occupait de son jardin où fleurs et légumes avaient la part belle. Son rêve de cuisinière put devenir réalité: qui ne se souvient pas de ses taillés, tartes, desserts, légumes du jardin ou jambon après les Abbayes? Elle tint aussi avec bonheur les fourneaux quelque temps à l’EMS de la Châteleine à Moudon, établissement dirigé par son beau-fils. Dans tout ce qu’elle entreprenait, Raymond n’était jamais bien loin.

Elle chanta à l’Echo du Jorat, choeur mixte du village, fit partie des Paysannes vaudoises, de l’équipe des merveilles (les meilleures du Jorat, disait-on). Elle n’aurait pas manqué les courses des contemporaines de 1927, ni celles avec la municipalité de Vulliens et encore moins une escapade avec le choeur mixte de Mézières au sein duquel Raymond tenait sa partition de ténor. Il reste encore à nos oreilles et à nos souvenirs, ses réparties, sa bonne humeur et nos rires lors des soirées annuelles de l’Espérance! Les voyages Vuagniaux et à la retraite, 2-3 semaines pendant la belle saison à Port-Grimaud la réjouissaient énormément ainsi que Raymond.

Elle aimait voir ses enfants, beaux-enfants, 7 petits-enfants puis 5 arrière-petits-enfants. Jusqu’en été 2018, elle demeura au Pâquis puis fut prise en charge à l’EMS d’Oron. En décembre 2018, le couple fêta ses 65 ans de mariage; c’est désormais le moment pour Raymond de poursuivre sa route avec Jeannine dans son coeur.