Votations – Quelques réflexions sur les trois objets

Les voies cyclables plébiscitées

Christa Calpini, pharmacienne  |  Logiquement, c’est un large OUI qui l’emporte pour une inscription des voies cyclables dans la Constitution. La population estime judicieux de traiter les voies cyclables de la même manière, sur le plan juridique, que les chemins et sentiers pédestres. La Confédération définira les principes auxquels les réseaux de voies cyclables doivent répondre et aura la compétence de soutenir et de coordonner les mesures prises par les cantons, les communes ou d’autres acteurs. Avec la mobilité qui ne cesse de croître, améliorer et sécuriser ce mode de transport fait complètement sens. On ne peut que s’en réjouir. Quant aux deux initiatives agricoles, elles ont fait l’objet de vastes débats tellement contradictoires, avec des agriculteurs pour et d’autres contre, qu’il fut difficile pour le citoyen «lambda» de s’y retrouver. Nous faisons instinctivement confiance aux professionnels qui sont sur le terrain et quand leurs avis divergent, tout se complique.

Aliments équitables

Lancée par les Verts, l’initiative pour des aliments équitables, se concentrait sur les standards de production. Elle visait au développement d’une offre en aliments respectant l’environnement et les animaux et produits dans des conditions de travail équitables. Elle demandait moins de gaspillage (volet peu évoqué dans la campagne mais combien important!). Pour les aliments produits en Suisse, des normes auraient permis de respecter ces standards. Pour les denrées importées, ces prescriptions restaient valables (dans un premier temps) pour celles non transformées (œufs ou viande) ou légèrement transformées. Or qui dit normes, dit contrôles de celles-ci. Comment faire des contrôles dans les pays étrangers… Comment mettre en application une loi qui demande les mêmes conditions sociales et de production à l’étranger qu’en Suisse? Comment la Suisse peut-elle aller mettre son nez dans les affaires d’un autre pays sans entraîner des problèmes avec nos accords internationaux?

Souveraineté alimentaire

La seconde initiative, lancée avec le soutien du syndicat agricole Uniterre et intitulée «Pour la souveraineté alimentaire. L’agriculture nous concerne toutes et tous» demandait à la Confédération de promouvoir une
agriculture indigène et durable avec une politique agricole réorientée vers la petite paysannerie et n’ayant pas recours au génie génétique. Les producteurs  auraient bénéficié de prix équitables et l’Etat aurait veillé à leur assurer des revenus décents. Les produits importés auraient également dû satisfaire aux normes sociales et écologiques applicables en Suisse. De nouveau, les exigences vont trop loin… Comment surveiller les conditions de production à l’étranger?

Ne pas prendre le consommateur pour un ignare

Je pense que ces deux initiatives ont été rejetées car elles sont excessives. Elles sont empreintes d’un dirigisme dérangeant et prennent le consommateur pour un ignare. Or les consommateurs ont une autre attitude qu’il y a dix ans. Ils sont devenus beaucoup plus attachés à la qualité des produits qu’ils achètent. Ils regardent la provenance et préfèrent consommer local, s’ils le peuvent. L’évolution va se poursuivre dans ce sens et, en cela, les initiatives agricoles ont ouvert un débat et mis l’accent sur des points sensibles importants. Autre facteur à ne pas oublier: il y a juste un an, nous votions un nouvel article constitutionnel sur la sécurité alimentaire par lequel les Suisses montraient clairement leur attachement à une agriculture indigène forte et de proximité. Cela implique aussi de payer le juste prix au producteur-agriculteur pour le litre de lait ou les céréales. Bien des Suisses sont prêts à cela pour sauver cette proximité.

En conclusion, chacun le sait, une nourriture saine aide à rester en bonne santé. Le diable n’est pas dans les salades ou pommes de terre qu’on se procure chez nous mais bien dans tous ces aliments déjà préparés (lasagnes, délices ou sticks de poisson) que les familles pressées achètent car elles n’ont plus le temps de cuisiner. Ce qu’on peut vraiment améliorer est l’affichage des valeurs nutritionnelles de tous ces produits. La FRC l’a bien compris puisqu’elle étudie actuellement comment mettre en place un code couleur du genre Nutri-Score (utilisé en France et en Grande-Bretagne) qui permet de savoir immédiatement si un aliment est diététiquement bon ou mauvais. Cela forcera l’industrie agro-alimentaire à revoir ses taux de sucre, de sel et de mauvaises graisses dans tout ce qu’elle fabrique et cela pour le bien de tous.