Voilier, un métier

Un voilier n’est-il qu’une coque pourvue d’un mât tendu vers le ciel?  Non. C’est aussi l’artisan qui dote l’embarcation de son moteur en lui confectionnant des voiles.

Christian Dick  |  Deux ateliers existaient à l’époque en Suisse, Vogel & Meier AG à Zurich, aujourd’hui VM Sails, et les frères Fragnière à Genève. Il n’y en a qu’un seul aujourd’hui entre Nyon et le Valais. Il se trouve dans notre beau district, à Puidoux. En 1978, Patrick Mégroz commence son apprentissage comme maître voilier dans l’atelier des frères Fragnière, une Maison fondée en 1957. Le métier n’est pas reconnu. C’est encore le cas. Il se met à son compte en 1987 et fonde Mégroz Voiles. Dix ans plus tard, la voilerie s’installe à Puidoux. La collaboration avec Fragnière Sails s’intensifie. A la retraite des deux frères, Patrick Mégroz rachète la voilerie genevoise. Mégroz Voiles devient Fragnière-Mégroz Voiles et utilise comme logo le célèbre F. L’atelier grée des voiliers de régate et de croisière. La qualité de construction et la longévité «Swiss made» séduisent les croisiéristes. Des voiles, datant de 1987, naviguent encore, à la satisfaction de leurs propriétaires. Il peut citer parmi ses références la Galère, la Vaudoise, la Cochère et la Neptune (avec Fragnière en son temps). Lorsqu’on aperçoit un voilier croiser avec des voiles noires, ce n’est pas qu’elles sont sales ou défraîchies, comme l’ont eu dit quelques personnes âgées, mais parce qu’elles sont confectionnées en carbone ou en kevlar, des matériaux de haute technologie qui résistent particulièrement bien à l’élongation. Les voiles blanches sont en général en dacron. Autrefois, elles étaient tissées en coton. Le travail du voilier commence par le métré des voiles. Les matériaux sont choisis selon les besoins du client et son budget. Les voiles sont alors dessinées sur écran et coupées par un plotter-cutter, une machine pilotée par ordinateur qui trace et coupe les voiles avec une précision d’un dixième de millimètre. Patrick Mégroz fut le premier en Suisse à en faire l’acquisition en 1991. On coupait auparavant les voiles aux ciseaux. Le travail à l’atelier se déroule normalement sur une table de 18m de long sur laquelle on travaille à plat. Des bandes de tissu, les laizes, sont ensuite collées et formeront la voile. Puis vient le travail de couture, de renforts, de finitions parmi lesquels la confection des nerfs de chute, des œillets pour la prise de ris (une réduction de la voile par temps fort), des pennons pour le contrôle de l’écoulement de l’air, des fenêtres de visibilité, des insignes de classe et du numéro dans la série. Le mandat se termine par le contrôle final et la livraison sur le bateau.

Chaque voilier possède le symbole de sa série

A ce sujet, il est peut-être utile de signaler que chaque voilier possède le symbole de sa série marqué dans la voile. Ainsi, un Surprise est-il représenté par un point d’interrogation, un Lacustre par un trèfle à quatre feuilles et un 6.5m SI par les chiffres 6.5. La voilerie réalise encore le service après-vente, assure l’entretien des voiles et pourvoit aux réparations. Sa production s’étend également aux bâches, aux housses, aux sacs ainsi qu’aux voiles d’ombrage taillées sur mesure pour couvrir les terrasses. La grande voile qui tempère la place de la Louve à Lausanne sort d’ailleurs des ateliers de Puidoux. Il est encore important de préciser que la production de Fragnière-Mégroz Voiles est 100% helvétique, ce qui en fait une exception nationale. Patrick Mégroz, né en 1962, est un habitué des podiums. Il fut champion du monde sur 5.5 Metre et champion suisse sur Surprise. Il régate depuis 1991 sur Magic, un 6.5 m SI à bord duquel il a remporté de nombreuses régates et 4 titres de champion suisse. Les voiles sorties de ses ateliers portent haut le renom du district et pourraient constituer une fierté nationale. Ami lecteur, nous pouvons rendre hommage au savoir-faire local.