Une somptueuse exposition

Pierre Jeanneret  |  L’art du pastel se situe entre le dessin et la peinture à l’huile. Rappelons que le terme vient du latin pastellus (pâte), qui renvoie à son mode de fabrication: à partir d’une pâte, des bâtonnets sont roulés et séchés. La technique du pastel est assez facile à maîtriser, ne nécessite pas de temps de séchage, le matériel est léger et facile à transporter. Outre son intérêt esthétique, cette exposition, qui propose 150 chefs-d’oeuvre, a aussi une dimension didactique. Elle nous montre l’histoire du pastel à travers cinq siècles. Tout commence au 16e siècle en Italie. Dans une première salle, on appréciera les deux beaux portraits de femmes réalisés par Federico Barocci, qui obtient des effets de sfumato. C’est le 18e siècle qui s’affirme comme l’âge d’or du pastel. Maurice Quentin de La Tour en est considéré comme «le prince». Ses modèles montrent une véritable liberté de mouvement. Le Genevois Liotard, lui, fait le portrait des riches bourgeois de sa ville. Après la Révolution française, le pastel connaît la désaffection. Il est considéré comme représentatif de l’Ancien Régime, aristocratique et mondain. Mais l’engouement renaît à la fin du 19e siècle. Une salle est consacrée aux oeuvres d’Odilon Redon, qui baignent dans une atmo-sphère magique, 0nirique, voire mystique. Chez les Impressionnistes, le maître du pastel est sans doute aucun Edgar Degas, dont on peut admirer des danseuses dont le léger flou accentue l’impression de mouvement, ainsi que des femmes à leur toilette. Le pastel convient bien aussi aux scènes tendres et maternelles de Berthe Morisot et aux intérieurs d’Edouard Vuillard. Les artistes suisses sont bien présents dans l’exposition, avec notamment Cuno Amiet et Giovanni Giacometti. Le 20e siècle lui non plus n’a pas dédaigné le pastel. Même les artistes d’avant-garde, présents dans le sous-sol de l’Hermitage, l’ont utilisé. On remarquera notamment les oeuvres très colorées de Paul Klee et celles de Sean Scully, dont les grandes pièces géométriques font éclater leurs rouges intenses. Dans l’un de ses tableaux, qui marquent un retour à la figuration, Sam Szafran représente son atelier parisien, rempli de boîtes de pastels avec leurs bâtonnets comprenant des centaines de coloris! Le parcours se termine sur une fresque murale monumentale du jeune artiste Nicolas Party, exécutée spécialement en 2017 pour l’exposition. On peut en suivre la réalisation, filmée en accéléré, dans l’un des documentaires présentés en marge de celle-ci. Voilà donc une très riche et belle exposition, qui par ailleurs nous apprend beaucoup sur un art méconnu.

«Pastels du 16e au 21e siècle. Liotard, Degas, Klee, Sculy…», Lausanne, Fondation de l’Hermitage, jusqu’au 21 mai