Toucan 5 – Le disparu de Lutry – Un roman de Christian Dick

Tu ne nous as pas encore dit, fit Amanda.

– C’est vrai, désolé. J’étais au Paléo. Il y avait Neil Young. Un grand moment. Et puis soudain le déluge. C’était incroyable ! Au moment même où il chantait Hurricane. On s’est désaltéré où on a pu. On cherchait tous un abri. J’y croyais pas. Beaucoup sont partis. Et puis, tu vois, nous on est restés.

– J’ai bien vu que tu t’es convenablement désaltéré, et pas seulement d’eau de pluie! fit Cordey.

– En fait, fit Amanda en souriant et pour revenir au sujet, cet hôtel est un lieu rêvé pour se retrouver… ou se cacher. C’est ancien, discret, proche du centre et du port. Sauf cette musique de fond. Ça n’est pas vraiment nécessaire. La mode, je suppose. C’est aussi un bel endroit où s’aimer, murmura-t-elle après un moment.

Cordey posa son verre, leva les yeux sur elle comme pour dire: «On devrait s’y mettre, tu ne crois pas.» Amanda lui sourit, de ses grands et beaux yeux bleus le regarda comme pour lui répondre: «C’est le moment, non?»

– On reprend un verre? suggéra Parisod.

Voilà comment la magie avait dû disparaître de cette terre!

Le vigneron se leva pour discuter avec le sommelier reconnaissable à son tablier tandis que le barman apportait les consommations et que Cordey et Amanda se prenaient la main. Ils évoquèrent encore l’enquête, la vie, les gens, ce qui nous motive tous à nous lever le matin pour nous coucher, le soir venu, ni pires le plus souvent, mais ni meilleurs.

Les verres vides, Cordey régla l’addition et récupéra l’ami vigneron toujours en train de discuter avec le sommelier. Dehors, passé la horde des employés affairés à la maintenance des bagages ou au service, ils prirent à pied la direction de Cologny. Au premier feu, Parisod tapa sur l’épaule de Cordey.

– Ah! ton enquête, elle me va bien. De bleu! comme on dit ici. J’y croyais pas. Le sommelier vient me rendre visite à la cave la semaine prochaine. J’ai déjà le rendez-vous.

– Comment as-tu fait?

– Leur carte est magnifique. Mais tu vois, il leur manquait juste un ou deux vins. Du calamin, un des miens. Le sommelier aime les petits producteurs, ceux qui savent, qui maîtrisent, ceux qui ouvrent leur porte et s’asseyent autour d’une table au fond de la cave. Mais bon, c’est pas forcément gagné! Il a l’air de connaître son boulot et il y a d’autres calamins.

– Content pour toi, fit Cordey comme le feu passait au vert. Pour moi aussi ça avance. Enfin, pas tant que ça. Mais tout de même. On a vu l’hôtel. On en sait un peu plus sur le couple qu’ils formaient, que la guitare a joué un rôle, qu’un homme est mort, qu’un autre a perdu la tête, qu’il y a un psychiatre, un festival US et des vedettes, et que le principal intéressé… Mais je ne vois toujours pas de corps ou de motifs de disparition. Le club va peut-être nous en apprendre davantage.

– Il est classe, ce palace, poursuivit Parisod en marchant. Le calamin…

– Quoi? le calamin.

– Attends!… le calamin! S’il veut du calamin, c’est qu’il est classe, qu’il y a une demande. Faut que je t’apprenne à vivre?

– J’ai bien peur que je finirai par les aimer, nos deux oiseaux, même si la morale n’est pas sauve, soupira Cordey.

– Ils m’aident bien, en tous cas, ajouta le vigneron. J’ai peut-être appris quelque chose qui peut faire avancer ton enquête.

– Ah?… fit Cordey comme Parisod tardait à poursuivre.

– Je sais par le sommelier que des propriétaires de 5.5 Metre donnaient ici de belles soirées.

– Et alors?

– Notre ami Jacques en possédait un, avant le Toucan. Il est possible qu’il y soit venu un certain temps… Comme l’ami Bordier avant la casse de Louis.

– Et alors? insista Cordey.

– Certains ont fréquenté la société de Gstaad et du Pays d’En Haut. Ils y ont acheté un chalet et fini par y habiter à l’année.

– Bon! Mais quoi? fit Cordey, excédé.

– Et bien ils se font encore conduire ici, en de rares occasions, pour une réunion par exemple. Les aînés ne naviguent évidemment plus. Mais ils ont parlé de guitare.

– De guitare? interrogea Cordey après un long silence.

– Mais oui! Comme le fou Louis. Celle de Jacques, par exemple. Etrange, non?

– Etrange, non, répondit Amanda. Mais curieux. Curieux comme les événements s’enchaînent. Curieux comme ils s’arrangent soudain comme pour nous faire converger vers un lieu commun.

– On peut dire comme ça, fit le vigneron. N’empêche, j’aimerais bien aller à la montagne, rencontrer des pontes du 5.5 Metre et y vendre mon vin. Tu savais que c’est un bateau à passé deux cent mille balles? Y a pas de raison et y a du beau monde!

– Tu as une adresse?

– Plusieurs même!

– Bon boulot sourit Cordey. Merci! On ne devrait pas trop attendre.

– Partir demain?… suggéra Amanda.

A SUIVRE…