Symphonie de fleurs et de fruits

par Pierre Jeanneret | Elle maîtrise l’aquarelle, la gouache, l’acrylique, la peinture à l’huile. L’artiste a évolué. Elle s’est longtemps inspirée de tableaux de maîtres, les réinterprétant et les réinventant au travers de sa personnalité. Puis elle s’est progressivement affranchie de ses «modèles», réalisant une peinture de plus en plus personnelle. Ses thèmes favoris sont les paysages, les personnages, les scènes de vie, présentés lors d’une première exposition, dans ces mêmes locaux, en 2010. Elle consacre cette seconde exposition à une série de belles natures mortes: fleurs et fruits éclatants de couleurs, parfois associés à des vases ou des bouteilles, qui constituent d’harmonieuses compositions. Les rouges flamboyants de ses tulipes, la blancheur virginale de ses lys, le jaune éclatant de ses tournesols, les teintes automnales des fruits et champignons que l’artiste dispose – avec un réel sens de la construction – auprès de vases et pichets, cette symphonie de couleurs ensoleille la cafétéria de l’Hôpital.
L’œuvre de Mireille Mazenauer est également une des formes de sa lutte physique et psychique contre une maladie insidieuse. Comme le disait le professeur Sicard, chef de service de médecine interne à l’Hôpital Cochin à Paris, dans un numéro de CHUV/Magazine (automne 2009): «Il faut faire entrer l’art à l’hôpital. Il faut permettre aux artistes d’avoir accès à l’intérieur de l’institution, afin qu’elle ne devienne pas un blockhaus complètement fermé au monde qui l’entoure. L’art doit permettre d’humaniser la pratique médicale, de l’ouvrir sur la cité. En plus d’être soignés, les patients ont besoin d’un univers accueillant. L’art peut permettre de distraire l’angoisse existentielle liée à la maladie et à la mort.» C’était déjà l’opinion d’Esculape à Epidaure! A vrai dire, ces remarques pertinentes du professeur parisien ne concernent pas que les seuls patients. A leurs familles, à leurs visiteurs, la présence d’œuvres dans l’institution offre un dérivatif, une évasion. Et pourquoi pas, dans certains cas, l’occasion d’une première rencontre avec le milieu de l’art, trop souvent perçu comme élitaire? Comme celle de 2010, cette seconde exposition de Mireille Mazenauer trouve donc pleinement sa place dans un hôpital. Nul doute que son œuvre au chromatisme puissant saura séduire le public par l’intensité de sa palette.