Savigny – L’émigration du patois vaudois de Lavaux à… la mer Noire

Association vaudoise des Amis du patois (AVAP)

ML |  Présidée par Rémy Lambelet, l’AVAP a tenu son assemblée d’automne au lieu même où elle fut fondée le 24 mai 1953, l’Hôtel des Alpes de Savigny. En ouverture, souligné par un chant en patois de circonstance, un hommage a été rendu à celui qui présidait encore l’Association l’an dernier, le pasteur Bernard Martin, récemment subitement décédé. Puis, le tour d’horizon de l’activité de la société mit en exergue les points principaux suivants:

• Le portail WEB, présenté par l’archiviste, Henri Niggeler, et le responsable technique Emile Lambelet, permet la consultation du Glossaire des patois de la Suisse romande et l’agenda des rencontres liées au francoprovençal.

• Le Groupement du dictionnaire poursuit son travail de recherche de mots oubliés dans les deux premières éditions dans la perspective d’un nouveau dictionnaire assorti d’expressions typiques.

• Inspirée par la Fête des vignerons de 2019, l’AVAP prévoit l’édition d’une publication avec des textes d’auteurs patoisants tels que Juste Olivier, Henri Kissling et Oscar Pasche.

• L’AVAP s’apprête à collaborer à la préparation d’un culte radiodiffusé à Vevey au printemps 2019.

Concours Kissling 2018

Deux concurrents ont participé au concours 2018 et reçoivent le Prix décerné par le jury: Daniel Corbaz, dans la catégorie «traduction», en l’occurrence celle de «La guerre du Sonderbund» de C.F.Ramuz et Marlyse Lavanchy, dans la catégorie «prose» avec un texte sur «La safranière de Praz Pélisson».

Conférence sur les Vaudois expatriés en Russie

Invitée par l’AVAP, Natalia Bichurina, linguiste d’origine russe, a su passionner un auditoire attentif et intéressé par un exposé sur l’émigration de Vaudois au début du XIXe siècle en Bessarabie au bord de la mer Noire. Ce sont tant la famine de 1816-1817 que la pauvreté, voire la misère, qui ont poussé en 1822 des Vaudois à s’expatrier. Encouragés par la mise à disposition de terres propices à la viticulture, ils quittèrent la région de Lavaux pour s’installer à Chabag, près d’Odessa, non loin de la mer Noire. A côté du français, leur langage était le patois, parler qu’ils ont continué d’utiliser dans leur vie quotidienne pour dénommer leurs outils et leurs travaux, essentiellement viticoles. Or, intéressé, un chercheur linguiste roumain a eu l’idée de dresser une liste de ces mots restés dans l’expression des expatriés. Incluse dans l’exposé de la conférencière, cette liste a fourni l’occasion d’un fructueux échange entre l’auditoire et Mme Bichurina. Les participants de l’AVAP se sont déclarés tout «èbaubî» d’apprendre que leur langage, le patois vaudois, qu’ils s’efforcent de maintenir, avait émigré il y a quelque deux siècles et s’était parlé sur les bords de la mer Noire jusqu’à son extinction progressive depuis la seconde guerre mondiale.