Qu’espérais-tu Marie?

Natalie Henchoz, diacre | Qu’espérais-tu Marie, quand tu as dit «Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit!» (Luc 1, 38)?  As-tu pensé à ta réputation… ou à la libération de ton peuple par ce Messie, Roi des armées, attendu depuis si longtemps?  As-tu imaginé la fuite, la peur, l’exil… ou as-tu vu la gloire du trône de David restauré à Jérusalem? As-tu réalisé que tu deviendrais une petite-mère-souffrance… ou pensais-tu recevoir en cadeau un destin de reine?
Qu’espérais-tu Marie, quand tu as dit ce «oui» inconditionnel à l’ange?  Etait-ce un oui de totale abnégation… ou au contraire un oui plein d’enthousiasme?
Comment peut-on te prétendre bienheureuse, toi qui as souffert plus qu’aucune femme ne peut supporter: la peur pour son enfant, le dénuement de l’exil, puis cette intolérable douleur de celle qui voit souffrir et mourir la chair de sa chair… Même la gloire de la résurrection ne peut pas effacer cela.
Et pourtant tu m’impressionnes! Car même si la suite de l’histoire a détruit tes rêves d’adolescente, même si la promesse de Dieu ne correspondait pas à tes espérances, tu as été fidèle à ton oui! Tu as été là, du début jusqu’à la fin… cette fin qui n’en est pas une, car elle porte en elle l’espérance du monde!
Dans ce temps de l’Avent, je m’interroge: nous, chrétiens, attendons le retour du Messie dans toute sa gloire! Nous attendons un royaume de Paix et d’Amour qui viendra supplanter tous les royaumes terrestres. Nos rêves ne sont pas si éloignés de tes rêves de jeune fille. Mais le plan de Dieu ne correspond pas souvent à nos espérances… Saurons-nous rester fidèles à notre «oui», à accueillir ce Royaume quand il survient fragile, là où on ne l’attend pas, quand il se laisse voir au cœur de la souffrance et de la mort même, quand il faut le protéger, lui donner nos forces, lui prêter nos regards et nos mains?
Parfois je me demande Marie, si, éblouis par la gloire promise d’un Dieu tout en puissance et en force, nous serions capables de voir qu’Il est déjà là parmi nous, comme à son habitude, dans la discrétion et la fragilité.