Quelques réflexions sur les votations du 19 mai dernier

Ce sont deux OUI sans surprise qui sont sortis des urnes dimanche dernier et deux OUI de bon sens

Christa Calpini, pharmacienne et ancienne députée |En ce qui concerne la Loi fédérale relative à la réforme fiscale et au financement de l’AVS (RFFA), la population a accepté ce compromis très suisse qui vise d’un côté à sécuriser nos retraites et de l’autre à rétablir l’équité fiscale entre les entreprises actives à l’international et celles du marché intérieur. Voter sur un paquet de deux objets ne plaît pas à tout le monde mais c’est un moyen efficace pour que chacun mette de l’eau dans son vin et ainsi arriver  à un consensus. Les Vaudois connaissent bien la démarche, eux qui se sont prononcés sur un double sujet de ce type en 2016 (volet cantonal). En 2017, ce que les Vaudois avaient accepté était refusé au niveau fédéral (RIE III)  d’où la nécessité de présenter rapidement un nouveau projet amélioré avec des mesures de compensation sociale. Cette fois, le but est atteint avec 66% de OUI. Pour notre canton, ce OUI à la RFFA, outre le fait de consolider financièrement l’AVS, représente aussi une manne de 100 millions de francs par an pour indemnisation (canton et communes). Les exigences des cantons et des communes ont été prises en considération et l’équilibre entre charges supplémentaires et allègements fiscaux a été amélioré. Quant à l’AVS, personne ne peut être indifférent aux déficits croissants qu’elle enregistre depuis 2014. Le fonds AVS a une année de rentes en réserve et sera épuisé dans 10 ans. Ne rien entreprendre aujourd’hui aurait été d’une inconscience grave. Le OUI de dimanche ne suffira d’ailleurs pas et le Conseil fédéral prépare une importante réforme (AVS 21) pour garantir le financement et maintenir le niveau des rentes. Notre population vieillit, nous vivons de plus en plus longtemps et les adaptations pour que chaque travailleur puisse toucher son dû sont absolument indispensables.

Pour le second sujet, «Mise en œuvre d’une modification de la directive de l’UE sur les armes (Développement de l’acquis de Schengen)» communément appelé «Loi sur les armes», c’est aussi un OUI sans équivoque avec deux tiers des voix. Le thème des armes suscite toujours beaucoup d’émotion. Après les attentats de Paris et Bruxelles, les pays européens ont décidé de rendre l’acquisition d’armes plus difficile et modifié la loi. Toutes ne sont pas concernées: seules les armes semi-automatiques avec chargeur de grande capacité. C’est un changement infime mais sans acceptation, la Suisse n’aurait pas pu rester membre de Schengen. A moins que 26 pays en fassent la demande unanime dans les nonante jours. Vu l’ambiance actuelle, autant dire que le risque ne pouvait être pris. Ceci d’autant plus que nous avons déjà obtenu une exception pour l’arme d’ordonnance et que les chasseurs ne sont pas concernés. Encore une fois, le peuple suisse n’a pas voulu revivre la surprise de 2014 avec le vote de l’initiative «Contre l’immigration de masse» et subir les conséquences néfastes exigées par les pays de l’UE. Un NON à la loi sur les armes et la Suisse aurait été mise hors du cercle sécuritaire européen. Concrètement, sans Schengen, plus de visas uniques pour visiter le continent et complications pour les touristes chinois ou autres qui risquent de se tourner vers Chamonix plutôt que Zermatt. Terminé aussi le SIS, ce système d’information pour consulter instantanément les bases de données de la criminalité… 300’000 consultations par jour pour des criminels en fuite, des enfants disparus ou des véhicules volés. Un NON, c’était aussi renoncer à l’accord Dublin qui interdit une deuxième demande d’asile en Europe après un premier essai infructueux. Non seulement, on aurait incité des touristes économiquement intéressants à se tourner vers d’autres destinations que la Suisse mais aussi fait de notre pays une destination prisée des réfugiés déboutés.

Pour conclure, une grande majorité des Suisses ont compris l’importance d’un OUI à ces deux votations tant pour notre sécurité que notre attractivité. Et aussi faire un pas dans la bonne direction pour le maintien de nos rentes AVS.