Quatre artistes se confrontent au thème de la montagne

Pierre Jeanneret  |  La montagne fait partie de notre identité suisse. Elle est devenue presque un mythe national. Elle a probablement forgé une partie de notre caractère. En bien ou en mal… Selon les uns, elle nous aurait élevés spirituellement. Mais pour l’écrivain Friedrich Dürenmatt, la Suisse enfermée entre ses montagnes serait devenue un pays mesquin. A chacun son opinion sur cette question! Par ailleurs, la montagne a été un thème très important dans la peinture suisse. Pour le meilleur (comme chez Ferdinand Hodler ou Giovanni Giacometti) ou pour le pire: ainsi ces chromos du Cervin faits à la chaîne et proposés aux touristes. Dans les vastes espaces du musée Arlaud, qui conviennent particulièrement bien à des toiles qui sont souvent de grand format, quatre artistes suisses se sont confrontés à ce thème qui pouvait sembler épuisé. Or le visiteur constatera qu’il n’en est rien. On peut encore innover! Barbara Gwerder réalise des toiles semi-figuratives, avec de longues coulures de peinture verticales et de beaux jeux de couleurs. Elle peint en pleine nature, en communion totale avec elle. Un film nous montre l’artiste au travail dans des conditions extrêmes de neige et de vent. Et dans son chalet, elle taille dans le bois d’étranges fleurs (des edelweiss?) qui forment un parterre dans l’exposition. Astrid de la Forest pratique, elle, la taille douce rehaussée de pastel. Elle réussit à créer des atmosphères presque inquiétantes. Quant à Christiane Jaques, elle travaille en noir-blanc. Selon elle, «l’épreuve (le papier, le noir) a la densité du granit et des nuits dans lesquelles on n’ose pas plonger». Seul homme du quatuor, Eric Martinet, qui est aussi un adepte du VTT, se coltine depuis longtemps avec le thème de la montagne. Il a peint une série de sommets emblématiques – Dents de Morcles, Petit Muveran, Dents du Midi, Eiger-Mönch-Jungfrau, Cervin… – mille fois représentés, et dont il réussit pourtant à renouveler la vision. Il y a quelque chose de Ferdinand Hodler dans son bel ensemble de petits formats intitulés «Suite alpine». Et d’ailleurs, en cette année 2018, plusieurs expositions commémoreront le 100e anniversaire de la mort du grand peintre. Nous vous en parlerons dans une prochaine chronique.

«Etre Montagne», Musée Arlaud, place de la Riponne, Lausanne, jusqu’au 8 avril.