Puidoux – Prise de température musclée

Séance d’information sur le Plan d’affectation cantonal du 3 septembre à la grande salle

Pierre Imhof devant l’assemblée

Thomas Cramatte |. Ambiance crispée lors du premier rendez-vous entre vignerons et représentants cantonaux. Mardi 3 septembre avait lieu une séance publique d’information à la grande salle de Puidoux. Entre mandants et protestataires, l’atmo-sphère n’était pas des plus joyeuses. Une fois les mots de bienvenue énoncés par René Gilliéron, syndic de Puidoux, le micro est passé à Pierre Imhof, chef du service du développement territorial (SDT). Les personnes présentes attendaient avec impatience des précisions concernant le PAC (Plan d’affectation cantonal). Le fameux contre-projet est sur toutes les lèvres en Lavaux. Pour rappel, sa mise à l’enquête a débuté mercredi 28 août et se prolongera jusqu’au 26 septembre 2019. Tout sourire, Pierre Imhof a expliqué en long et en large le plan d’affectation cantonal Lavaux. «Il n’est pas à son coup d’essai», pouvait-on entendre à voix basse dans la salle. Démonstration sur grand écran des 12 zones d’affectations concernées, leurs spécificités, les zones à bâtir modifiées, les particularités entre les voies ferrées et les routes, la sauvegarde des murs et éléments à protéger, la taille des capites de vigne, tout en évoquant les possibles travaux et agrandissements réalisables par les propriétaires. Présents en grand nombre dans la salle, lesdits propriétaires prennent leur mal en patience avant de pouvoir intervenir. Pierre Imhof rappelle à la salle que ce PAC tient de la volonté du peuple qui avait voté pour l’initiative «Sauver Lavaux III», en 2014. «J’invite toutes les personnes intéressées à prendre connaissance en détail de ce contre-projet lors d’une des permanences créées à cet effet. Des séances d’information sont mises sur pied pour répondre à vos questions, entendre vos réclamations et oppositions diverses, les jeudis 12 et 19 septembre, de 16h à 19h dans les locaux du SDT, situé à l’avenue de l’Université 5 à Lausanne» présente le chef du SDT. L’agitation monte d’un cran dans le public, discussion et dialogue se chevauchent de part et d’autre de la salle. Il devient alors difficile de se faire entendre, le micro voyageant de droite à gauche avant de finir dans les mains de Jean-Daniel Porta, membre de la Fédération vaudoise des vignerons: «Je vois que l’on n’a pas du tout été entendus dans nos demandes, même au contraire, car lors du premier projet, nous avions demandé d’obtenir plus de souplesse concernant les murs du vignoble. Certes, les vignerons y tiennent à ces murs, mais lorsque cela devient une entrave à l’exploitation, il faut agir. Et l’on imagine le temps que cela prendra avant de recevoir une autorisation venant de la Confédération». Pierre Imhof précise que le PAC n’a pas entièrement suivi la Confédération, mais qu’il maintient une protection relativement forte de ces murs. Chaque mur peut être transformé ou supprimé s’il induit une incapacité d’exploiter, il y aura donc une décision de cas en cas. Cependant, il est vrai que ce n’est pas laissé à la libre appréciation du propriétaire. «J’aimerais ajouter que c’est le Grand Conseil qui aura le dernier mot sur ce genre de cas. N’oublions pas que vous avez la possibilité de faire valoir vos droits même au-delà de l’échéance. C’est, pour rappel, le but d’une mise à l’enquête et le propre d’une pesée des intérêts», conclut le chef du SDT. «Monsieur Volet à Riex», dit une voix forte qui n’a pas besoin de micro. «Je m’étonne dans un premier temps, car à Riex il y a avait 3 zones à bâtir qui avaient été approuvées par le canton. Aujourd’hui, avec ce remaniement parcellaire, les propriétaires de vignes n’ont pas du tout été contactés. Si l’on prend mon exemple, je perds 1537 m2 de ma parcelle. J’avais écrit en 2011 au président du syndicat sans jamais avoir eu de réponse. On se demande bien le jour où vous irez plus loin, si ma cuisine et mon salon ne seront pas mis en zone viticole!» Il n’en fallait pas moins pour lancer le débat populaire. On sent que les propriétaires ne se laisseront pas faire lors de cette mise à l’enquête. «J’aimerais ajouter que l’on aimerait bien obtenir une réponse lorsque l’on écrit au canton», conclut Monsieur Volet. L’agitation atteint alors son apogée, on parle fort afin de se faire entendre de son voisin. Il n’est alors pas évident pour le chef du SDT de sortir de cette impasse. Avec tact et diplomatie, il s’en sort toutefois à merveille. Une fois la salle revenue au calme, il invite premièrement les opposants à venir discuter de leur cas bien précis lors d’une des permanences. Deuxièmement, expliquant qu’un fonds va être créé pour indemniser les cas d’expropriation matérielle reconnue, les opposants regagnent petit à petit leur calme. Avant de conclure une heure trente de débats et de passer à l’apéritif, Pierre Imhof précise «Il faut bien faire la distinction entre la LAT et le PAC.» La frontière entre les deux est mince et pas toujours facile à décerner. L’on pourrait associer cela à la comparaison d’un Dézaley et d’un Calamin, leur base est la même, mais on ne les dégustera pas forcément avec les mêmes plats. Une chose est sûre à l’heure actuelle, ce plan d’affectation va faire couler encore beaucoup d’encre. Les vignes de Lavaux ont subi bien des désagréments au cours des siècles, mais le raisin, lui, continuera de se battre contre vents et marées, et il en ira de même pour ses cultivateurs.