Pourquoi un monument aux premiers colons de Chabag à Chexbres ?

Présentation au Cœur d’Or le 10 février

Jean-Pierre Lambelet | Pour répondre à cette question, il faut revenir un peu en arrière jusqu’en 1822 au bord de la mer Noire. Vers 1500, il y avait là-bas un village appelé Acha-abag (signifiant les bas vignobles). Puis, le nom a été simplifié en Shabag ou Chabag et finalement en Shaba ou Shabo ou Chabo. Vers 1812, ce village a été abandonné par presque toutes les familles qui y vivaient. Le tsar Alexandre 1er, sous l’impulsion de son précepteur suisse Frédéric-César de la Harpe, décida de repeupler la région et invita des colons suisses vaudois à venir y cultiver de la vigne. L’un des colons, Louis-Vincent Tardent, botaniste veveysan a apporté le premier pressoir dans la région et aussi de nouvelles méthodes culturales calquées sur celles de la terre d’origine des Chevalley, Testuz, Besson ou autre Forney qui ont fait le voyage en partant un 19 juillet 1822 pour un périple de quatre mois en passant par Munich et Vienne avec leur chariot à cheval contenant toute leur fortune. Ainsi, petit à petit, le vignoble commence à produire des vins de meilleure qualité qui deviendront par la suite des vins réputés et recherchés jusque dans la cave du tsar. Si en 1812 l’Empire russe avait annexé cette partie de la Bessarabie, en 1918 elle a passé en mains roumaines. Et finalement, en 1940, l’URSS reprend Chabag et donne un jour aux colons pour quitter les lieux…! En une journée, ces colons sont passés du paradis dans l’enfer de la 2e guerre mondiale avec des destins éparpillés jusque dans des camps nazis. Depuis le 24 août 1991, l’Ukraine est devenue indépendante de la Russie et Shabo s’est transformé en un gros bourg d’environ 7000 habitants. Dans un endroit entouré de vignes un monument relate la période historique des colons suisses de 1822 à 1940, car des Alémaniques s’étaient aussi expatriés jusqu’en Bessarabia. Aujourd’hui, on y trouve à nouveau un grand domaine viticole qui exporte des vins sur toute la planète et un musée qui retrace l’histoire de la vigne à Shabo et l’importante influence des colons helvétiques. Dans un caveau du Cœur d’Or plein à craquer, les cinéastes Olivier Grivat et Helen Stehli, pour la première de leur film documentaire «Les vignerons suisses du tsar» ont souligné l’importance de cette épopée de 1822 à nos jours. Et si l’on parle du vin, quoi de plus normal qu’un œnologue moldave, Ion Gherciu, présente la «Contribution scientifique des vignerons suisses de Bessarabie» ou comment les méthodes modernes de viticulture et l’art de la vinification ont été introduits dans le sud de l’Empire russe par le botaniste veveysan Louis-Vincent Tardent et son fils Charles qui a édité un livre qui fait référence en Bessarabia. En ce dimanche 10 février, la Société Chabag, l’Association Louis-Vincent Tardent et l’Association ProLavaux ont donc évoqué par l’image, la musique et la parole ces 118 années bessarabiennes avec comme objectif de mémoire d’installer, en hommage à ces colons, un monument dit Chariot de Tardent signé Hugo Schaer, qui prendra place en face du caveau du Cœur d’Or à Chexbres le dimanche 30 juin 2019. Jean-Marc Bovy a développé l’historique de cette réalisation qui relie le chariot des colons à la famille Tardent qui fut l’un des moteurs de cette épopée. D’ailleurs, si votre bon «Cœur d’Or» vous en dit, il est possible de combler une partie du solde encore non couvert du financement de l’installation de cette œuvre à Chexbres en envoyant un courriel à souscription@chabag.ch en indiquant vos coordonnées et le montant de votre don. Donc, prochain rendez-vous avec les colons de Chabag le 30 juin à Chexbres!