Pour un féminisme de la totalité Editions Amsterdam

Ouvrage collectif de Félix Boggio Ewanjé-Epée, Stella Magliani-Belkacem, Morgane Merteuil et Frédéric Monferrand

Milka  |  A l’heure où j’écris ces lignes, nous venons de terminer une semaine un peu triste pour les femmes, par la non-entrée en matière du Conseil des Etats sur l’égalité salariale et son renvoi en commission. De plus, Alain Berset, qui ne semble pas comprendre le sens d’un refus de l’élévation de l’âge de la retraite, remet ça sur le tapis quelques mois après cette votation. Vous comprendrez que les féministes en aient gros sur la patate! Mais à l’heure où vous lirez ces lignes, ce sera la journée de la Femme. Alors certes, nos patrons feront semblant de nous trouver formidables, nos maris, du moins les meilleurs, se chargeront peut-être de faire le repas et nous offrirons une fleur. Et le lendemain, tout redeviendra comme avant. Triste constat. Parce que si certaines pensent que nous avons avancé, je ne suis pas si optimiste. Donc, pour souligner cette journée de la femme, je vous propose une lecture un peu plus politisée. Selon les coordinateurs de cet ouvrage qui ont œuvré pour mettre en lumière les textes de féministes engagées, le féminisme fait souvent office de faire-valoir à tous les programmes, émancipateurs ou non. Du côté du bloc au pouvoir, les «droits de femmes» sont devenus un argument du maintien de l’ordre, des lois islamophobes, à la politique d’incarcération des non-blancs. Parmi les progressistes, le féminisme est une lutte parmi d’autres, qu’on cite volontiers entre l’antilibéralisme et la défense de l’environnement. A l’inverse, ce livre propose de donner toute sa portée au féminisme, de restaurer sa vocation révolutionnaire, de clarifier sa contribution à tout projet de bouleversement de l’ordre des choses. En quoi transformer la famille, la sexualité, l’organisation de la reproduction sociale et biologique, le travail domestique ou encore le travail affectif implique-t-il de révolutionner la vie quotidienne, la santé, la culture, le travail salarié, le logement, la vie collective, les allocations sociales? Comment les apports du féminisme noir permettent-ils de repenser le dépérissement de l’Etat? Ce recueil, regroupant des textes fondateurs du féminisme marxiste et des articles plus contemporains, est un manuel à l’usage de celles et ceux qui ne se satisfont pas de transformations partielles, mais qui entendent changer le système dans sa totalité. Ouvrage de près de 400 pages, il se lit comme un livre d’histoire, très factuel, à petites doses, en prenant le temps de digérer toutes les informations tant elles sont riches.