Pour que ce projet soit source de vie et d’espoir

Thomas Bischoff, médecin, habitant de Cully, préside SOS Méditerranée Suisse

Rosane Schlup  |  D’un bout du lac Léman à l’autre, des hommes et des femmes se sont mobilisés pour qu’une antenne suisse de SOS Méditerranée voie le jour et s’inscrive dans un projet humanitaire européen. Thomas Bischoff en fait partie. Habitant de Cully, ce médecin ne pouvait, dans son parcours de vie et  dans son parcours professionnel, faire l’impasse et rester insensible à cette cause humanitaire. Depuis le 14 décembre 2017, date officielle du lancement de SOS Méditerranée Suisse, il y siège en tant que président.

Rasez les Alpes qu’on voie la mer ?

L’ONG (Organisation non gouvernementale) SOS Méditerranée est une association européenne de sauvetage en mer Méditerranée. Elle a été créée en juin 2015. Elle opère depuis, avec le navire Aquarius. Elle tente d’apporter une réponse humanitaire à un drame migratoire bien réel. Cette association est née en réaction à l’arrêt de l’opération «Mare Nostrum» et en réponse à l’opération «Triton», qui en tant qu’opération de police aux frontières, laissait les bateaux perdus et en détresse, sans solution aucune, dans les eaux internationales, dans un no man’s land d’eau bien salé. Indépendante de toute affiliation politique, SOS Méditerranée mène ses opérations de sauvetage en étroite concertation avec les autorités locales. Les opérations de sauvetage se font sur la base des règles internationales maritimes, en totale coordination avec le Maritime Rescue Coordination Center (MRCC) à Rome, qui valide et donne son feu vert pour toute mission et toute intervention de sauvetage.

Relevez les Alpes, qu’on ne la voie pas ?

Une lame de fond de détracteurs a toutefois été lancée. Relayée, entre autres par Angelino Alfano, politique italien et par la Frontex, l’agence de protection des frontières européennes, la vague est arrivée sous forme de position politique. Pour certains analystes, la présence des ONG en Méditerranée ne ferait que de renforcer le mouvement migratoire, certains allant même jusqu’à utiliser le terme de «taxi migratoire». On peut comprendre et entendre l’enjeu politique sous-jacent. Opérer près de certaines côtes équivaudrait alors, de ce point de vue, à accuser les ONG présentes dans ces zones, d’être synonyme de soutien à des actions de réseaux criminels, en renforçant le rôle et le pouvoir des passeurs. Cela désavouerait, élément bien plus gênant, les gouvernements concernés et établis, générant des crises diplomatiques sensibles. Ainsi, concrètement, afin de contrer cet exode migratoire, une bande maritime virtuelle de 20 miles nautiques, bordant les côtes libyennes, permet par exemple aux garde-côtes de ce pays, d’intervenir et de rapatrier les migrants d’où ils ont embarqué. Une ligne imaginaire réelle qui semble être acceptable et acceptée par certains en tant que réponse et qui donne un signal politique clair pour dissuader et freiner le mouvement migratoire.

Regardez les Alpes, la mer et aussi un peu au-delà ?

Le changement de cap de la politique italienne depuis août 2017, notamment les accords pris avec la Libye, ont changé la donne, durci le ton et forcément modifié les prises en charge des interventions. Certains en paient le prix fort directement, puisque certaines ONG qui croisaient dans ces eaux méditerranéennes se sont retirées ou se sont vues dans l’obligation de le faire.  Pour d’autres, cette réponse réelle, cette modification de ton, reste inacceptable, floue et infondée d’un point de vue légal maritime. Elle montre un total irrespect de la préservation de la vie humaine en tant que priorité absolue… Quels que soient les défis et les enjeux sous-jacents, à l’heure actuelle, les faits sont là. Les témoignages recueillis de la bouche des migrants sont accablants et les témoignages recueillis des humanitaires en place sont accablés et impuissants. Laisser mourir des gens en mer parce que l’on est dans l’obligation de quitter une zone de détresse sensible, montre la limite de l’aide humanitaire face aux enjeux politiques. Sauver des vies en Méditerranée, est-ce un délit humanitaire? Ne rien faire, ne pas agir, alors que l’on sait, est-ce une attitude acceptable, éthique? A ces nombreuses questions, à ces enjeux compliqués, aux manques de solutions adéquates, certains pourtant tentent une réponse au-delà. Elle n’est peut-être pas la panacée, elle est juste une goutte d’eau. Des dons, des gens donnent, pour une cause, parce que c’est leur amorce de réponse. L’Aquarius, lui, attend sagement à Catane son port d’attache, que le feu vert lui soit donné pour partir en mission. Il est resté seul à patrouiller tout l’hiver en mer, car non seulement les migrants ne savent pas nager, mais… ils ne vont pas non plus skier. Le printemps revient, le temps est au redoux, mais la météo du terrain reste elle, malheureusement inchangée. Chacun est libre de se positionner. Thomas Bischoff, de Cully, l’a fait. Béatrice Schaad, Caroline Abu Sa’Da,  de Genève, l’ont fait, Geneviève Marthaler Conne, de Prilly, l’a fait. Ils  se sont engagés pour poser les piliers suisses de l’ONG, en espérant que ce projet soit source de vie et d’espoir. Lors de son lancement, l’antenne  suisse SOS_Mediterranée.ch proposait au public présent le documentaire. «Les migrants ne savent pas nager» Et nous – arrêt sur image – dans de pareilles circonstances, le saurions-nous?

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