Oron-la-Ville, dramatique incendie – Hommage à François Jan, mémoire vivante de la commune

François Jan (1932-2019)

François Jan devant ce qui autrefois était sa quincaillerie (actuelle BCV)
Photo © Gilberte Colliard, 2017

Olivier Campiche |  François Jan est né, a vécu et est décédé à Oron dans la même maison. Ce départ tragique remet en mémoire un parcours de vie incroyable qui a marqué les habitants du village avec de bons souvenirs.

La quincaillerie de François Jan était au centre du village, c’était un brico-loisir avant l’heure. En plus des vis, clous, colle et outils, on y venait pour plein de choses. Dans les années 50 et 60, on allait dans le premier congélateur collectif de Suisse romande où l’on pouvait louer un casier pour y mettre les fruits de l’été. A cette époque, les congélateurs privés n’existaient pas. En dessus de ce grand congélateur, dans une salle d’exposition, on y venait pour acheter des appareils ménagers. Puis au bas du magasin et plus tard, au deuxième étage du magasin, on venait s’y équiper pour le ski. Derrière, il y avait la coupe du verre pour réparer les fenêtres, tout le sanitaire et la distribution de gaz en bouteille. Encore plus derrière, il y avait les fers pour le béton armé. Bien des maîtres d’état venaient chercher les outils et matériaux nécessaires à leurs métiers. Appondu à la quincaillerie, il y avait aussi un magasin pour les ménages. 

François Jan fut très actif pour sa commune et sa région. En plus des fonctions politiques comme conseiller communal, municipal, député au Grand Conseil vaudois, il a été président de la Commission scolaire « prim’sup ». Il organisait avec ses amis des concours de ski pour les jeunes. Ceux-ci étaient organisés soit à Oron, sur le côté est de la route de Palézieux, ou même à Bussigny-sur-Chesalles (oui-oui, il y avait de la neige mais pas de téléskis, on montait à la force des mollets). Il fut un temps où Oron avait une grande salle de cinéma donnant sur la grande place, et durant bien des années, c’est François Jan qui en organisait son fonctionnement. François Jan était très actif au sein de la société des commerçants d’Oron et dans l’organisation du comptoir d’Oron, toujours dans la grande salle du cinéma. Il fut aussi l’instigateur de la Foire aux oignons qui a le succès que nous connaissons maintenant. 

François Jan était impliqué au village d’Oron comme aucune personne ne l’a été. Oron était son village. Je sais que quand il descendait d’Essertes en voiture et qu’il voyait le village d’Oron devant lui, il disait «Oron, ce doux pays que Dieu nous a donné». Il y était heureux, il aimait son village. Ces dernières années, il se plaisait à s’installer avec chaises et petite table devant sa porte, en bas du bâtiment pour prendre l’apéritif, mais surtout pour y rencontrer des gens. François Jan aimait le contact, il aimait les gens, il avait le cœur sur la main. 

Son départ est tragique. Il nous laisse avec une foule de formidables souvenirs. Nos pensées vont à son épouse Anne-Lise, ses trois enfants, quatre petits-enfants et une arrière-petite-fille. 


François Jan, ancien gérant du cinéma d’Oron

Xavier Koeb |  C’est en 1978 que François Jan me remit la gérance du cinéma d’Oron avec l’accord de la municipalité dirigée par Roland Niklaus. Le cinéma faisait partie intégrante de l’ancienne grande salle d’Oron remplacée par le cinéma actuel. Monsieur Jan m’avait fait forte impression lorsqu’il m’a accueilli la première fois dans le petit bureau mis à disposition par la commune. Situé au premier étage à l’angle au-dessus de la poste, il était encombré de mobilier hétéroclite. Une odeur d’encaustique et de poussière flottait entre les armoires et les piles de carton. La réception et le renvoi des gros cartons de 15 kg avec les bobines de film représentaient une part importante du travail. Monsieur Jan était bien organisé. Il recevait le soir les «loueurs» de films, soit les représentants des distributeurs. De grosses sociétés souvent américaines, comme la Fox, Universal ou MGM mais aussi des petits distributeurs comme Praesens Films, JMH ou encore Filmcopi. Le contact humain était le plus important. Surtout que j’avais mes petites idées sur le choix des films et contrairement à Monsieur Jan, je n’acceptais pas sans autre les propositions de films strictement commerciaux. Pendant mes 18 ans de gérance, Monsieur Jan n’a jamais critiqué ma gestion. Certes, il ne partageait pas toujours mes opinions, lui le libéral et moi le socialiste, mais il avait cette hauteur doublée de distinction, comme une sorte d’ange tutélaire. Ce qui le faisait surnommer par les copains de l’association Cinémascotte: «Glacier sublime». Même bien plus tard, après avoir quitté le cinéma d’Oron, puis représenté le district d’Oron au Grand Conseil de 1999 à 2007, nous avions de cordiales discussions. Son expérience de municipal et député permettait une approche claire, aimable mais ferme de pratiquement tous les sujets. Le débat d’idées est l’essence même de la politique. Mais voilà, on ne sait ni le jour, ni l’heure. Un dramatique incendie a mis abruptement fin à une vie très bien remplie. 

Xavier Koeb, Châtel-St-Denis