OPINION – Salaire minimum, juste pour tous ?

par Christa Calpini, députée PLR, Puidoux | Bien des arguments ont été avancés par les défenseurs et les partisans du salaire minimum. S’il est juste d’affirmer qu’une personne peut difficilement vivre avec 3500 francs par mois sur la Riviera ou la Côte, il est tout aussi juste de dire que certains petits patrons gagnent aujourd’hui moins que cette somme. Un couple de maraîchers s’exprimait dans les colonnes de 24Heures pour expliquer qu’à deux, ils arrivaient à se verser un salaire mensuel moyen de 6700 francs. Un autre commerçant valaisan, propriétaire d’une épicerie, démontrait qu’en devant appliquer le salaire minimum à 4000 francs, il pensait que son magasin n’y survivrait pas et que sa dizaine d’employés pourrait se retrouver sans travail et ses apprentis sans place de formation. S’il trouvait l’idée généreuse et plaisante, ses marges ne lui permettaient pas d’assumer les 17% de charges supplémentaires que coûterait l’acceptation de l’initiative. De plus, pendant la haute saison, il engageait des étudiants qu’il payait entre 18 et 20 francs de l’heure et ces derniers étaient tout contents de pouvoir gagner une telle somme. En effet, les jobs d’été pour nos jeunes se font de plus en plus rares. Ce petit patron pourrait s’en sortir en augmentant ses prix de vente mais cette démarche ferait fuir la clientèle. Or une épicerie, tout comme une pharmacie, dans des endroits où les grandes chaînes ne viendront jamais s’installer faute de rentabilité, joue un rôle économique et social important. Avec notre population vieillissante, de telles entités, sont plus qu’utiles. N’oublions pas aussi que les micro-entreprises (moins de cinq employés) représentent près de 80% du tissu économique helvétique et qu’à ce jour 18% d’entre elles ne sont pas en mesure de garantir le salaire horaire de 22 francs. Elles travaillent en flux tendu et œuvrer avec moins de personnel altérerait la qualité de leurs services. Ce n’est pas qu’elles ne veulent pas payer plus mais simplement qu’elles ne le peuvent pas. Donc, je pense que l’initiative sur laquelle nous allons voter le 18 mai n’est pas la solution pour assurer une meilleure qualité de vie à notre population. Trop rigide, elle ne tient pas compte des coûts de la vie qui diffèrent d’une région à l’autre et des besoins qui changent d’un secteur à l’autre. Elle n’encourage pas les jeunes sortant de l’école obligatoire à suivre une formation pour obtenir 4000 francs ou plus par mois: pourquoi se lancer dans l’obtention d’un CFC si la loi dit qu’on peut les gagner tout de suite et sans trop se casser la tête? Les pays nordiques n’appliquent pas de salaire minimum étatique et ont un bon niveau de vie. Ils ont aussi un bon filet social pour soutenir les personnes et plus particulièrement les familles qui travaillent. Je voterai NON le
18 mai mais soutiendrai toujours les allocations de
prestations complémentaires telles celles introduites dans le canton de Vaud pour les familles en 2011, familles qui travaillent mais n’arrivent pas à nouer les deux bouts. Elles sont financées paritairement par les employés et les employeurs à hauteur de 0.06% du salaire ainsi que par le canton et les communes. Elles encouragent le travail plutôt que l’inactivité et le recours à l’aide sociale. Les hauts salaires aident les bas salaires et cela a pour nom «solidarité».